L’actualité High-tech du jour : un adolescent de 15 ans qui s’appelle Gandi

Un journal, par définition, c’est quotidien. Alors je me suis dit que c’était le moment d’essayer la recette de la nouvelle High-Tech du jour. C’est parti pour la nouvelle formule du Journal de la Silicon Valley !

Commencer une nouvelle rubrique (en quelque sorte) par un anniversaire, c’est comme profiter d’une nouvelle lune, ça donne un coup de boost au karma.

no bullshit

Il est fort connu qu’internet regorge de chats en tout genre, sous toutes ses formes, en lol et tout le reste. C’est un peu la second nature d’Internet. Il y en a une autre que l’on oublie : les crottes de taureau, le bullshit en anglais. Il faut reconnaître qu’Internet c’est un peu devenu aussi compliqué qu’un bon couscous maison. Alors Gandi, dit Gandi.net pour les intimes, qui n’a rien contre les chats, c’est une grande vraie famille, a néanmoins décidé depuis fort longtemps à s’attaquer à son marché de la commercialisation des noms de domaines sur Internet en combattant la seconde catégorie : le bullshit. Aga.

Une société, c’est un peu comme un enfant, on ne la voit pas grandir et pourtant, c’est bien en 1999 que l’aventure a commencé pour GandiPierre BeyssacLaurent ChemlaValentin LacambreDavid Nahmias, 4 Mousquetaires de l’Internet Libre Spirit, décidaient de réunir 5 mots en une espèce de profession de foi : Gestion et Attribution des Noms de Domaine sur Internet.

A l’époque, c’était seulement 3 extensions qui étaient disponibles (.com, .net et .org), et ce business qui semblait à l’époque tout petit, est désormais un véritable enjeu qui rassemble quelques concurrents qui se partage la commercialisation de quelques 600 extensions. Et cette bataille commerciale ne fait pas de l’ombre à l’ambition de l’équipe dirigée depuis 2005 par Stephan Ramoin, depuis San Francisco, où le coeur de l’entreprise a été déplacé en 2014. D’où notamment cette campagne « no_bullshit » voulue tant pour son caractère un peu fun que pour continuer à tailler dans les marges des gros concurrents US comme Godaddy, avec une stratégie marketing assez transparente : pas d’argent dépensé en publicité.

Regardez le résultat, en 15 ans :

Infographie des 15ans

La priorité de Gandi, tout en supportant l’innovation, le nerf de la guerre, reste la communauté des personnes travaillant dans le domaine des technologies pour qui Internet est un relais pour leur business, tout en favorisant le partage libre et sans restriction de l’information, dans un esprit de  promotion du respect des droits individuels et des citoyens.

D’ailleurs, regardez d’ailleurs ce tweet très humain de la Fédération des Droits de l’Homme :

//platform.twitter.com/widgets.jsOn se plaint souvent en France de ne pas avoir créé le prochain Google, grand fantasme de ceux qui dirigent le pays (et qui ne comprenne pas trop la technologie, ou alors suivent mal l’actualité) ou ceux rêvent de passer au 20 heures de David Pujadas. Il y avait pourtant Daily Motion, que Montebourg a quelque peu tué dans sa grande vision du monde. On oublie souvent de citer Ilog, autre belle pépite d’origine Française qui a marqué le monde informatique de son temps (parlez en à IBM). Et il y a aujourd’hui Gandi. Pas besoin de vouloir changer le monde, et de perdre son sens de l’humour, pour ne pas conquérir le monde du numérique. Et même recruter en France, le grand créneau du moment (jetez un coup d’oeil aux offres d’emploi du moment) Alors je dis : Happy Birthday Gandi, vous pouvez ouvrir une bière pour l’occasion !!!

NDLR : mes remerciements à Karim El Mansouri, Senior Hosting Manager chez Gandi,  pour son inspiration, et j’espère avoir répondu au challenge.

Si vous voulez gagnez des cadeaux, c’est le moment d’aller faire un tour sur le site des 15 ans de Gandi :

15 ans de Gandi.net

 

A demain pour la suite…

Laurent Denoue, développeur, de Palo Alto à Verone

On continue de nous raconter des histoires sur la beauté du « made in France » en inventant de nouveaux labels pour démontrer à quel point la technologie française est innovante, le tout dernier étant ce concept de « french tech » jouant, de mon point de vue, sur un mauvais jeu de mot (et un concept quelque peu désuet au regard du grand melting pot que sont devenues les nouvelles technologies). Pendant ce temps (et ce depuis très lontemps, mais la tendance s’accélère) des Français comme Laurent Gil poursuivent leur carrière au gré de leur propre vie personnelle (et oui, ça arrive, et pas seulement à deux blocs de l’endroit où vous êtes né). Et c’est l’histoire de Laurent Denoue que je voulais vous raconter aujourd’hui, développeur depuis toujours ou presque!

Son expérience, tout comme celle de Laurent, en dit long sur ces Français de l’étranger dont les talents sont reconnus, demandés, qui savent comment passer le cap d’un système ne favorisant pas l’exportation, un des meilleurs moyens de se confronter à un monde des technologies qui bougent, qui se mélangent. L’absence du nombre significatif de réussites des sociétés françaises dans ce secteur en est le plus parfait exemple: derrière des Criteo, combien de Viadeo ou de Deezer qui n’arrive pas a passer la case « Etats-Unis », sans parler de ceux qui n’y font que passer?
Laurent a choisi une voie de la flexibilité et une certaine forme d’indépendance… encore mieux!

Pourquoi être parti à Palo alto après ta thèse, et en quoi a consisté tes 10 années ?

J’avais le choix entre un « post-doc » en France mais j’ai contacté plusieurs groupes de recherche aux USA (MIT à Boston, University of Maryland et Xerox en Californie). Les 3 m’ont offert un poste mais seul Xerox était pour un contrat indéterminé alors que les autres étaient encore universitaires de type « post-doc ». J’ai choisi la Silicon Valley bien sur!
Pendant ces 10 ans, j’ai surtout travaillé pour Xerox, mais j’ai aussi rencontré des entrepreneurs francais, et j’ai rajouté des missions en parralèle en mode « contractor ». C’est super de pouvoir faire ca en Californie: c’est légal, alors qu’en France je ne sais pas si ton employeur te le permettrait.

Avec ce mode de fonctionnement, j’ai pu développer en 2006 un site internet qui a intéressé Google, et je les ai donc rejoints pour implémenter ce que j’avais réalisé. C’est devenu Google Viewer (quand tu ouvres un PDF depuis Gmail et que tu peux le voir sans avoir à le télécharger, même chose sur Google Search). Bref, c’était très intéressant de travailler chez eux pendant 6 mois, et de voir aboutir ce projet utilisé maintenant par de nombreux internautes 🙂

(NDLR : des millions à coup sûr).

Depuis 2009 je me suis intéressé au développement iPhone, et avec ma seconde fille Claudia (j’ai 3 enfants, Pablo 16, Claudia 14, et Elena 12) nous avons développé un prototype de jeu en Javascript pour apprendre les opérations de mathématiques. Elle a appris de ce fait un peu de programmation. Et j’ai ensuite parié avec un autre francais vivant aussi à Palo Alto qui serait le premier à publier sa première app iPhone (ah ces francais !). J »ai donc appris objectiveC et pris un Mac et 3 semaines plus tard mon premier jeu était en vente, qui s’appelle PopMaths.

Apple l’a bien aimé et l’a promu pendant 3 semaines sur iTunes, ce qui l’a propulsé dans les 25 premiers pendant quelques mois. C’est de la chance tout ca, sauf que j’allais aussi au café avec le mari d’une personne qui était chez Apple et il lui en a parlé. L’histoire ne saura jamais si la décision d’Apple a quelque chose à y voir…

A part ces activités, la plupart de mon temps a donc été occupé par le laboratoire de recherche de Xerox pour développer des prototypes et de nouveaux services. Très intéressant, avec toujours un pied dans le domaine des publications, donc quelques voyages 2 ou 3 fois par an tous payés bien sur pour aller présenter nos travaux.

Mais entre nous, le mieux de la Silicon Valley c’est:
1 – la nature: je suis un amateur fou de VTT, course et nage, et beaucoup de gens en font aussi, tu n’as pas l’air spécial,
2 – l’entourage de personnes avec qui tu peux échanger tes idées; la proximité de Stanford, et y voir des professeurs « mythiques » qui ont encadré la thèse des fondateurs de Google, ou voir la première adresse de Facebook sur University Avenue à Palo Alto et commenter cette startup le matin au café avec les amis !

Avec le recul, je peux quand meme dire qu’élever une famille dans la Silicon Valley n’est pas toujours simple et tu dois aussi apprendre à t’entourer de personnes qui ne sont pas dans la high tech, sinon tu as toujours l’impression de « rater le coche », avec tous ces jeunes de 25 and et plus qui commencent une nouvelle startup tous les 4 matins. Mais quand tu as 30 ans, tu as du mal à voir avec ce recul, et la vie de famille peut en souffrir.

Reste que l’expérience est super, et mes enfants ont hâte de retourner en Californie pour y faire leur expérience aussi, même s’ils aiment beaucoup la France aussi qu’ils ne connaissaient pas vraiment il y a 4 ans. Aujourd’hui je suis basé en Italie.

Comment se passe l’univers de la tech en Italie, et à Verone, en terme d’écosystème ?

Je n’en ai aucune idée (sic). J’ai bien donné des cours de développement iPhone et Android car ils ont un bon programme de Master en Game Development ici à l’Université, et j’ai participé à une conférence l’an dernier à Florence, mais à part ca je n’ai aucun contact avec les gens ici, sauf pour parler vin et VTT !
Comment fais tu ta « formation continue » ?

Je suis en contact très régulier par Google Hangout avec la Californie, mais franchement la vraie formation continue se fai en développant de nouvelles applications iPad et iPhone et en apprenant ce que tu as besoin d’apprendre en utilisant Google et Twitter. Je trouve Twitter très utile pour suivre ce dont les autres développeurs parlent, les « librairies » qu’ils utilisent, ou les conférences qu’ils fréquentent.
Je ne me sens pas isolé, et j’ai l’impression que beaucoup de personnes travaillent 100% depuis la maison maintenant. Avec la fibre optique pour 40 euros par mois, j’ai une connection internet aussi rapide qu’au boulot !
Quelles sont tes principales realisations ?

– les brevets et articles durant mes années dans ce labo, y compris des services encore « live » comme Talkminer qui indèxent les « online lectures » et qui est maintenant commercialisé au Japon,

– mon implémentation chez Google de Google Viewer, donc,

– mes applications iPhone: PopMaths , « RePaper Web Highlighter » et SnapLite Document Scanner and Highlighter.

Comment se situe la France dans tout ca ?

Je regarde les infos sur France24 ici depuis Vérone de temps en temps, et j’y vais 3 fois par an pour voir mes enfants. Mais je n’ai pas de liaison de boulot direct, à part peut-être mon ex-maître de thèse avec qui nous échangeons parfois quelques nouvelles ou quelques liens.
Je ne vois pas de grande différence entre la France et l’Italie.
Bien sur je suis plus confortable avec la langue francaise qu’italienne, mais dans notre milieu des technologies, tu utilises l’anglais de toute facon, alors tu peux vraiment habiter n’importe où !

Mes réflexions autour de la visite de Fleur Pellerin à San Francisco

Elle est venue, ils sont tous là, pour le point presse ce mardi 4 juin 2013. On l’attendait depuis quelques mois, elle est enfin venue. La visite d’un Ministre en charge de l’Économie Numérique à San Francisco, c’est un peu comme un pélerinage d’un musulman à la Mecque : indispensable pour un ministère réussi. Plus que pour ses prédécesseurs, il y avait une curiosité positive à ce voyage, et en ce qui me concerne, et aux yeux de beaucoup, nous n’avons pas été déçus.

Les raisons du succès

On peut en citer plusieurs, mais la principale est liée à la personnalité du Ministre : Énarque, et donc femme de dossier, il n’en reste pas moins qu’à l’occasion dc cette rencontre avec les journalistes, bon nombre de ses remarques ont fait mouche et ont tranché avec le soporifique discours que l’on a pu entendre par le passé. « Il n’est pas question de créer une Silicon Valley à la Française. Cet écosytème a mis des années à se mettre en place, et c’est non répliquable » : tel fut le résumé de sa réponse à la question bateau des journalistes locaux présents. Les dossiers qu’elle a pu défendre à Paris (mis à part la nomination surprise de Tariq Krim pour une mission sur la cartographie des talents émergents de la filière numérique et une prise de position un peu naïve sur le dossier AppGratis face au rejet d’Apple de son application de l’AppleStore, de mon point de vue) ont montré un sans faute qu’elle a confirmé ici. Le tête à tête avec des entrepreneurs Français installés récemment à San Francisco, sans présence de média, avec notamment Carlos Diaz qui a été impliqué dans cette bruyante histoire des « pigeons », a visiblement séduit, à en croire les tweets que l’on a pu lire de certains a posteriori. Ensuite, on ne peut nier qu’une alternance politique est également une bonne chose, puisque la Ministre à eu un parcours quelque peu différent des précédents Ministres de droite, ce qui a permis de donner la parole à des personnes qui ne s’expriment pas toujours en direct aux représentants du Gouvernement. Enfin, le programme concocté par le Consul Général de France Romain Serman a été lui aussi bien complet, la Ministre n’hésitant pas à « affronter » une horde de VCs américains, ou à rencontrer la charismatique Sheryl Sandberg de Facebook. Toutefois, point de CEO de Twitter, une faute de goût  de leur part, je trouve, ou de Google, mais ça, c’était prévisible. Sinon pour être presque complet, il y eut aussi Salesforce, Airbnb, Intel, et une rencontre avec Bertand Diard, le CEO de Talend. Tout ça en 2,5 jours.

Point de Marissa Mayer…

L’affaire DailyMotion, on s’en fout

Deuxième réflexe des journalistes locaux, « Est ce que l’on vous a parlé de DailyMotion ». On a compris que vous essayez de lui faire passer un message, Messieurs les journalistes, sachez qu’elle a bien intégré ce qui se passe ici, et justement, elle est là pour évoquer le futur avec les principaux acteurs de la région, pas pour ressasser les vieilles histoires. « Ce n’est pas au Gouvernement de s’immiscer dans les affaires d’entreprises que l’État ne contrôle pas directement » (ce sont ses mots), ça a été fait par son Ministre de tutelle, ce fut une connerie (ça, ce sont les miens), c’est du passé, au suivant. Même quand Amazon est arrivé dans la conversation, on a pu entendre un autre son de cloche que celui de sa collègue Aurélie Filippetti. Un discours lucide sur le business que peut apporter le géant de Seattle en France. Un discours réaliste sur le business. Point.

Invest in French

Il est certain que contrairement aux idées reçues et notamment reportées par des journalistes parisiens, les investisseurs de la Valley adorent les projets venus d’Europe, et de France aussi bien entendu. Le « French bashing » que l’on peut nous servir en général sur les difficultés de la France pour ceci ou cela n’atteint pas les blanches colombes que sont les investisseurs de Sand Hill Road. Ce sont en général des produits ciblant de très bonne niches, développés par ce que l’on peut considérer comme la crème des développeurs (je parle des ingéneurs françcais, une des plus belle réussite de la technologie à la fançaise), et qui vont pouvoir être maximisés notamment au niveau des valorisations. Cela permettra d’assurer de belles plus-value lors des levées de fonds suivantes, sans parler des fameuses « exits » (vente de la société ou introduction en bourse). Criteo, Talend, Virtuoz pour parler des opérations les plus récentes, ont certainement représenté de très bonnes affaires ! Sans faire injure aux talents de leur fondateurs, les entrepreneurs locaux de la Valley sont certainement plus coriaces à négocier, car ils jouent à domicile et sont habitués au Monopoly de la « tech ». Sans être dans le secret des conversations qui ont eu lieu à Menlo Park, je suis certain que certains messages ont été bien reçus par la Ministre, avec des informations bien précieuses à l’avenir pour l’écosystème français.

Invest in France

Il y avait une certaine attente des réactions de la Ministre après l’épisode sur les réseaux sociaux de la communauté des startups au sujet de l’impact des nouvelles dispositions fiscales, et l’avenir dira si ses apparentes bonnes dispositions seront confirmées. Il est clair, toujours de mon point de vue, que les mesures actuelles ne vont pas assez loin pour favoriser l’investissement dans les entreprises, numériques en particulier. Loin des excès de la Silicon Valley et de sa bulle toujours présente (mais il n’y a pas de raison fondée pour imaginer que cela va s’arrêter), il est évident qu’hormis des investissements de business angels ici et là et hormis le travail fait par Xavier Niel et son fonds Kima Ventures, il n’y a pas assez de source d’investissement de type « early stage » en France, et c’est un problème. Les autres fonds existants réalisent essentiellement ce que j’appelle du « ceinture-bretelles », de l’investissement sans véritable risque, et il manque une « agressivité fiscale » en France enourageant l’argent à se déverser dans la création de nouvelles entreprises plutôt vers le Livret A ou d’autres bas de laine. Et les mesures citées par la Ministre à la question posée manquent de punch pour créer un effet de surprise et réveiller une prise de conscience que des choses peuvent se passer en France dans le numérique, et que nous ne sommes pas les derniers de la classe en ce qui concerne  le contenu, vous savez, la French Touch. Vous en connaissez, vous, beaucoup, des pays, à part la Chine, qui ont su sortir le numéro 3 des plateformes de contenus vidéos dans le monde ?! La France n’est pas aussi mauvaise qu’elle veut bien se l’entendre dire, et avec un peu plus de prise de risque structurée, il y aura plus de chance de sortir d’autres acteurs numériques qui sauront percer comme DailyMotion et se faire une petite place au solein du web… si on ne vient pas trop les déranger avec un discours de « la France au Français », comme c’est trop souvent le cas avec le Ministre de la Productivité.

Un « digital house » pour les entreprises françaises à San Francisco

Nouvelle vite évoquée par la Ministre, un véritable picotement dans mes yeux à entendre cette nouvelle, tant j’en ai rêvé de la faire et voir naître , mais qui s’est révélé impossible à mettre en place avec les acteurs français présents à San Francisco. Assurément une bonne nouvelle pour bon nombre d’entreprises qui tapent à la porte de la Silicon Valley sans trouver la formule de support dont elles sont besoin : hébergement, coaching personalisé, introductions ciblées. Chaque startup me rendant visite chaque semaine me donne cette impression d’avoir besoin d’un service personalisé qui doit pouvoir être structuré, et surtout multi-disciplines. J’imagine que c’est le même constat pour tous ces entrepreneurs français du coin qui modulent bien volontiers leurs agendas chargés pour offrir un peu de feedback. Le Consulat, qui a un rôle essentiel dans le relais de la France auprès des acteurs de la technologie ici depuis San Francisco, doit pouvoir remplir ce rôle. Mais il n’y a pas d’autres informations disponibles autre qu’il devrait ouvrir dans 2 mois, donc a priori à la rentrée.

What’s next?

Il manque un coup de fouet dans de nombreux aspects couvrant le digital en France et cela ne va pas se faire vite, ni tout seul. Je ne crois pas au cliché de la France qui n’aime pas ses entrepreneurs. Il y a trop de PME en France, et il faut être aveugle pour ne pas voir que le reflexe de la création de sa « boite » n’est pas une exception. Maintenant, une chose est sure, il y en a que l’on entend un peu plus que les autres ! Reconnaissons qu’il manque clairement des zones d’intervention au niveau du capital risque, et un peu trop de mentalités de banquiers dans cette industrie. Pour cela il va falloir encourager plus encore l’incitation fiscale dans notre pays, faire sortir d’autres Kima Ventures, structurer à sa base le capital risque avec des acteurs prêts à jouer le jeu. Ca marche bien ailleurs.

Le temps joue pour le digital français. Le nombre de Français présents dans la Baie de San Francisco et travaillant à des postes clés dans bon nombre de sociétés technologiques sont « les meilleurs porte-drapeaux de la Nation », car, même présents depuis 10 ou 20 ans, voire plus, ils ont tous les yeux tournés vers la mère patrie, et répondront présents si on les sollicite. Un regret de ce voyage pourraitêtre de ne pas avoir rencontré suffisamment de personnes ayant accompli un long parcours ici dans la Silicon Valley, qui auraient un autre regard que ceux arrivés il y a 5 ans ou moins. Et ils seront autrement plus… directs ! Solliciter un réseau d’entrepreneurs à travers le monde selon leurs compétences : il y a un système de mentoring à mettre en place, parce que l’un des plus belles vues sur une situation… est justement de ne pas s’y trouver en plein milieu !

Les interventions au quotidien de certaines représentations gouvernementales, ou même régionales (et oui) présentes dans la Baie de San Francisco  qui s’essayent à vouloir recruter des sociétés américaines candidates potentiellement au grand saut dans le business en France passent inaperçues. Une vraie solution serait de créer en France un « centre de compétences de contenus » pour rendre la capitale notamment en mettant en valeur cette French Touch qui n’est pas que l’effet d’un duo de groupe électro, mais un véritable phénomène qui a rendu la France célèbre dans le jeu vidéo : Ubisoft, un des leaders de l’industrie du jeu vidéo, ça vous parle ? Et le design ? La France est historiquement un pays d’artistes, non ?! Il y a tant d’américains qui rêvent (tous) de venir à Paris, donnons leur donc une bonne raison d’y venir.

De grâce, arrêtez avec cet entêtement de certains à vouloir apprendre à nos jeunes la programmation à l’école, et cherchez plutôt des moyens de valoriser les filières technologiques : on fait la part belle beaucoup trop en France aux écoles de commerce, qui ne sont pas le bassin des âmes les plus créatrices, je suis désolé de le dire. Une fonction clé aujourd’hui dans une entreprise n’est plus le service marketing, et ce depuis belle lurette, mais bel et bien la R&D ou le Product Management. Il va falloir inverser la tendance.

Je pense aussi  qu’il serait aussi prioritaire de se pencher sur le berceau des relations entre ces nouveaux petits acteurs des startups et les grandes industries qui souffrent tant à vouloir innover et qui font qu’aujourd’hui la France passe pour un pays du siècle passé. Et des sociétés comme Parrot ne sont pas assez nombreuses, ou visibles. Petit à petit, toutes les industries mondiales s’installent des « Labs », des antennes dans la Silicon Valley, parce qu’il y a des structures qui favorisent l’interaction entre ces deux mondes. Et certaines créent leurs propres fonds, pour aller « acheter » des petites graines innovantes qui grandiront rapidement dans leurs grosses structures. C’est réplicable en France, et ça se fait parfois, mais il manque des incubateurs dignes de ce nom à ce jour, malgré les nombreuses initiatives à Paris ou en Province. Mas ça arrive ! Rapprocher la communauté des startups au monde de l’industrie Française, un bien beau programme.

Quant aux dispositions sur le numérique, une des raisons de la visite de la Ministre à San Francisco, qui avait un objectif pédagogique vis à vis des acteurs de la Silicon Valley, il faudrait certainement s’en occuper un peu plus dans l’éxecution, et un peu moins imaginer de nouvelles taxes Google, de nouvelles taxes « smartphones ». Inciter la créativité et non la répression, sachant que le problème de la fiscalité des grands géants d’Internet ne trouvera jamais sa solution dans un traitement local. Pour le coup, une bonne raison pour la Communauté Européenne de se rendre utile et d’être, elle aussi, créative. Dans son genre.

 

Aurelie Filippetti : avec Amazon, faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais

L’information que j’ai choisi dans ce post m’a été signalé par un média que je n’aime pas beaucoup, tant il privilégie le sensationnel au reste de ce qui se passe dans le domaine du web et des technologie notamment, et je suis conscient d’ailleurs que présentement je vais faire de même. Peut être même que celui qui a écrit l’article en question a voulu faire plaisir à un de ses actionnaires, un certain Jeff Bezos, patron d’Amazon.

Mais l’activisme de la Ministre de la Culture et de la Communication contre Amazon commence par s’entendre de l’autre coté de l’Atlantique, non pas du coté du géant de Seattle, qui a bien pris note de ses coups de battes réguliers, mais également du coté des médias qui trouvent là les moyens de diffuser l’incohérence de la France et de son Gouvernement, une nouvelle fois. Et ça finit par agacer à force.

Il est bien dommage qu’après la visite de sa collègue Fleur Pellerin à San Francisco, qui a été plutôt réussie, en terme d’image, on continue de donner des messages négatifs par souci de démagogie, ce qui est mauvais pour les affaires tout autant que pour la réputation de la France aux États-Unis, d’autant que cela ne va en rien résoudre les problèmes du lobby dont la Ministre souhaite prendre la défense.

Faire de la politique ne se résume pas à faire des lois en réaction à des phénomènes

Bientôt, plutôt que comme le propose certains influenceurs du Web, c’est le Droit qu’il faudra apprendre dès le collège, tant ça devient impossible de faire du business en France avec toutes ces lois qui sont promulguées, notamment pour le digital. Si l’on pouvait résoudre tous les problèmes par des lois… Le protectionisme ne sera jamais une solution, le digital aujourd’hui va trop vite dans son évolution, et le législateur, dans sa grande bonté, ne peut plus suivre, c’est le client final qui décide. Les discussions sur de nouvelles taxes suite au rapport Lescure vont certainement acccoucher d’une nouvelle couche légale. Mais cela ne va pas changer l’évolution du comportement des consommateurs, qui ne cessent de se fournir sur Internet pour ses besoins culturels.

Soutenir le culturel en accusant Amazon, c’est se tromper de problème

Réagir à des provocations d’un journaliste populiste, critiquer les taxes payées par Amazon et les aides à l’emploi dont la société bénéficie en France, c’est une chose, cela ne va pas détourner les consommateurs d’acheter là ou son intérêt le porte, et ce n’est pas forcément le battage marketing qui fait notamment l’achat. L’exemple de la concurrence que porte PriceMinister à eBay en France prouve qu’il y a des particularités locales qu’il faut suivre avec attention.Le véritable concurrence des libraires aujourd’hui, c’est la facilité de trouver ce que l’on cherche sur Internet et la difficulté pour les commerces physiques de satisfaire des besoins culturels avec des logiques de logistique relativement compliquées. La fermeture du magasin de Virgin sur les Champs Élysées est assez éloquent, et un magasin n’est jamais assez grand et assez bien placé pour satisfaire la demande. Sur Internet, la satisfaction de la demande est élastique ! La multiplication des sites Internet en tout genre ne cesse de progresser : pour comparer les prix, livrer, connaître les goûts de ses amis, suivre les tendances, tout cela se passe de plus en plus sur Internet. Il est logique que l’achat se passe sur Internet.

Les libraires ont un avantage majeur : le local

Les libraires ont un avantage indéniable, c’est le lieu de vie qu’ils représentent. C’est, avec la boulangerie et le café du coin, les piliers de la vie de quartier, et c’est un avantage qu’il faut savoir utiliser. D’autres industries ont très bien compris qu’un des façons de résister à la concurrence,  c’est de se diversifier, ou se spécialiser à l’inverse. Vendre d’autres produits, réutiliser ses surfaces pour d’autres activités, renforcer sa présence par du marketing local… Même des géants comme MacDonald’s aujourd’hui en sont à se poser la question de comment faire venir les consommateurs dans leur restaurant, comme les y retenir et les y divertir. Un site Internet comme Bleacher Report, un site web dédié au sport à très bien compris cette règle du local, qu’ils ont su adapté à un site d’information online : ils diffusent des news sportives régions par régions, et leur succès d’audience les a fait se faire racheter par Time Warner, incapable de faire ce que cette startup créée en 2007 à su réussir. Trouver la formule locale qui va pousser un passant à s’arrêter régulièrement chez le libraire du coin, c’est un meilleur combat que faire le pied de grue au 3 rue de Valois, à travers ses syndicats.

Et maintenant…

Ce qu’il faut donc attendre ; une loi en réaction à l’effet kiss cool d’Amazon proposant à la fois la livraison gratuite et un rabais sur le prix. Combien d’heures de rédaction, à combien de mains, je vous le demande. C’est ça, la politique d’aujourd’hui. A la prochaine « fenêtre législative », ça veut dire à la Saint Glinglin en Français de tous les jours ?!

Au passage, personne n’oblige le Gouvernement ou ses représentants à faire des facilités pour permettre à créer des emplois dans nos régions, n’est-ce pas ?

Bon, même si je reconnais que la chute est un peu facile, je trouve que c’est un comble d’accuser autant Amazon et en même temps d’utiliser ses services pour vendre quelques uns de ses ouvrages. Sans devenir paranoiaque, la valeur de l’exemple pour un homme politique, et donc une femme politique, me paraît assez essentielle.

Pour ceux qui veulent surfer Français, acheter Français : http://www.leslibraires.fr/ ou http://www.lalibrairie.com/