L’intelligence artificielle dans tous ses états

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Le célèbre investisseur Marc Andreessen, co-fondateur de la société de capital risque Andreessen Horowitz, et fondateur de Netscape, qui a démocratisé l’usage d’Internet dans les années 90, a lancé une phrase qui est resté dans les mémoires de toute personne impliquée dans le monde du logiciel, et même au-delà : « Software is eating the world », le logiciel est en train de dévorer le monde. En résumé : le logiciel est en train de s’impliquer dans toutes les activités que l’on puissent imaginer, ayant naturellement un impact dans la vie de tous les jours, dans le monde des entreprises, et dans la façon les entreprises fonctionnent, et innovent naturellement.

On pourrait presque se dire depuis quelque temps que c’est l’intelligence artificielle qui est en train de dévorer le monde. Le sujet est dans toutes les bouches, et dans énormément de pitchs de startups qui se découvrent des vocations à produire les algorithmes permettant d’apposer ces deux lettres, AI, comme un label qui permettrait de les identifier comme un bon crû de technologie. Cette nouvelle catégorie technologique a gagné ses lettres de noblesses dans la presse de tous les jours, tout en rentrant dans la catégorie des poids lourds de l’investissement. Des estimations vont jusqu’à mentionner 10,8 milliards de dollars d’investissements cumulés en 2017. L’argent coule à flot pour y investir dans ce secteur.

L’intelligence artificielle et les investissements dans les startups

Si l’on s’en tient au fait, l’intelligence artificielle a fait son apparition comme terminologie et discipline en 1956, lors d’une conférence au Collège de Dartmouth (Massachusetts), c’est à dire peu de temps après la fabrication des premiers ordinateurs. Avant cela, au 19e siècle ou avant, on parlait plutôt « d’artificial beings« . La réunion de professeurs de Carnegie Mellon University, du MIT, et un employé d’IBM (déjà) allait donner naissance au premier programme digne de ce nom avec le « Logic Theorist« , et procéder à la création du premier langage de programmation appelé « LIPS« . En quoi consiste l’intelligence artificielle ? Tout simplement, c’est la possibilité de concevoir une machine intelligente.

Source: Amazon

Aujourd’hui, il est possible de créer des programmes sur des ordinateurs personnels à chaque coin de rue (ou presque) à San Francisco ou ailleurs : les ordinateurs sont devenus ultra-rapides, et les services du cloud computing, l’informatique dans les « nuages« , permet de stocker des informations en quantité sans limites ou presque. Les SMS laissent place de plus en plus aux « chatbots« , ces fenêtre de conversation que l’on peut trouver sur des sites de réseaux sociaux comme Facebook, ou des sites de e-commerce, et par dizaines sur les téléphones portables. Enfin, la combinaison de de ces fameux logiciels avec différents types de matériel se sont nettement perfectionnés pour donner naissance à des vedettes du récent CES (le show des nouvelles technologies à Las Vegas) comme Amazon Echo et son bot Alexa. Il est loin le temps où Apple lançait fièrement son assistant virtuel Siri qui n’avait pas convaincu tout le monde à l’époque. De ce point de vue, Amazon a bien réussi son coup et c’est en millions que se chiffrent désormais les ventes d’appareils, censés développer l’achat de produits par voie de conséquence sur le site de e-commerce du géant de Seattle. Tout ceci est un bout de cet intelligence artificielle, qui couvre en fait bien des domaines : les systèmes experts, la simulation du raisonnement humain, le traitement du langage naturel, la reconnaissance de la parole, la reconnaissance des visages, la robotique, font partie du même ensemble tout en faisant appel à des technologies différentes.

L’intelligence artificielle appliquée à un métier

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L’intelligence artificielle est devenu le coeur de recherche et développement de bon nombre d’acteurs dont l’activité est au centre du rapport humain, comme par exemple pour des entreprises spécialisées dans le domaine de gestion de la relation client. Ces entreprises gèrent des centres d’appels en grand nombre, avec bon nombre de salariés et des clients à servir dans un secteur très concurrentiel. L’intelligence artificielle est une clé pour une amélioration des performances du service client, et une ouverture vers une meilleure rentabilité des opérations. Les entreprises travaillant dans ce secteur plein d’avenir sont nombreuses à San Francisco et dans sa Baie, que l’on désigne souvent comme la capitale de l’innovation, mais pour traquer les meilleurs acteurs dans ces domaines, il faut aussi se rendre à New York, le coeur de l’action de ce gros poumon d’activités que ce sont les États-Unis d’Amérique, au Canada (Toronto ou Montreal), en Israël ou en Asie, à commencer par Shanghai et la Chine qui commence à marquer de gros points dans le domaine des expériences innovantes. Pour comprendre ce qui marche, il faut aller de l’avant et aller chercher la solution là où elle est disponible.

Comment ça marche, l’intelligence artificielle ? Cela suppose tout d’abord de disposer d’une bonne émission des messages et d’un système d’information capable de produire une base de données cohérentes. Les robots et « super-ordinateurs » ont besoin d’être alimentés de façon cohérente, ce qui donne son sens à ce « big data » qui faisaient les beaux jours de l’actualité avant que cet Intelligence Artificielle. Il y a notamment un terme très Américain pour expliquer cette étape, le « data wrangling« , en référence à l’époque du far west où il fallait en permanence rassembler les troupeaux pour aller d’un pâturage à un autre. Une startup comme Trifacta se borne à faire ce type d’opérations, et c’est déjà une tâche énorme qui occupe à temps plein une centaine d’ingénieurs à San Francisco.

Ensuite, c’est surtout une question de métiers où chaque industrie va utiliser les possibilités offertes par les différentes technologies. Dans le cas des métiers des centres d’appels par exemple, la solution idéale (entre autres) pour un service de support client viendrait du NLP (en anglais « natural language processing », une méthodologie qui permet à un programme d’ordinateur de comprendre le langage humain au fur et à mesure qu’il est prononcé.

L’intelligence artificielle et les géants

Et les géants informatiques dans tout cela ? C’est la course à l’échalote et à ce jeu, c’est toujours plus simple d’acheter les autres que faire soi même. C’est ainsi que Zuckerberg et Facebook sont allés chercher l’équipe de Français Alex Brun et Laurent Landowski de wit.ai dont on lui avait dit le plus grand bien pour en faire le socle d’intelligence artificielle intégré aux équipes de l’application de messagerie mobile Messenger. Objectif : prendre le plus d’avance possible dans ce que la technologie permet d’apporter aux « messager numérique » pour donner réponse à tout et permettre aux marques de se démultiplier dans leurs rapports aux consommateurs sur Internet. IBM, après avoir développé son super-ordinateur Watson à coups de milliards avec des équipes internes, procède à des ajustements en rachetant des startups complétant le dispositif de la base d’algorithmes mis en place depuis 2006 permettant d’aller plus loin dans leur offre de modélisation et de personnalisation. Google, Apple, ou Salesforce suivent tous les mouvement et l’on peut voir le nombre d’acquisition de startups s’accélérer depuis 2013 dans ce domaine. Salesforce a lancé une nouvelle offre permettant de mettre à disposition à ses clients « l’intelligence artificielle pour tous » et devinez comment ils l’ont appelé ? Einstein… Cet apport ne permet pour le moment que de produire des scores en terme de ventes potentielles à leur système d’aide à la vente en ligne. L’idée à terme est d’aider les équipes de ventes dans leur travail quotidien. Ce brave Albert ne s’en remettrait pas de se voir exploité de la sorte !

L’intelligence artificielle appliquée

Bon, à part ça, à quoi cela peut bien servir, l’intelligence artificielle ? Les applications sont aussi diverses que les métiers ayant besoin de muscles pour leurs activités, passons en quelques unes en revue…

E-commerce : Internet reste une interface perfectible en terme d’expérience de « shopping« . Même les recommandations d’Amazon en la matière conduisent souvent à la frustration tellement les suggestions proposées sont primaires et surtout non visuelles. Des startups comme mode.ai ou Sentient Technology (fondée par un Français vivant en Asie) ont développé les couches logicielles permettant de prendre en compte un certain nombre de paramètres tels que faire combiner le peu d’informations saisies lors d’une consultation d’un site Internet, ou les informations déclaratives pour s’enregistrer, pour mettre en oeuvre des algorithmes qui vont chercher à deviner les critères vous poussant à l’achat (une forme, des couleurs, des tendances de mode selon votre localisation géographique, etc.). Au delà des aspects de protection de données, les informations que les ordinateurs peuvent interpréter sont également d’une meilleure expérience d’achat sur Internet.

Automobile : une startup de Boston nommée nuTonomy, issue de la fameuse université du MIT, est en passe de devenir une des plateformes logicielles incontournables en ce qui concerne les véhicules sans chauffeurs. Après des années de développement dans des locaux bien protégés sur Mountain View, en Californie, Google est en train de se faire dépasser par des startups ayant trouvé des sources de financement aussi prestigieuses dans le monde de l’automobile que le fonds d’investissement de l’arrière petit fils d’Henry Ford, Fontinalis Partners, avec comme terrain d’essai la ville de Singapour qui s’est également engagé comme investisseur.

Santé : la startup Freenome utilise votre collection génétique pour permettre d’améliorer les diagnostics des médecins et anticiper l’arrivée des maladie que la masse de données rendue disponibles à grande échelle permet de réaliser. Plus le nombre d’informations disponible est grand, plus les chances de modélisation de données permettent de définir des pronostics. La médecine du 21e siècle !

Retail : ne soyez pas surpris de voir une sorte de boîte avec marqué dessus « dispatch » dans les rues de San Francisco. C’est l’oeuvre d’une startup locale, d’ores et déjà financée, pour faire les livraisons du dernier kilomètre en combinant les 3 disciplines des conduites de véhicules autonomes, la robotique et de l’intelligence artificielle pour faire fonctionner le tout. Mais impossible d’en savoir plus pour le moment, cette problématique de livraison à domicile étant un peu le nerf de la guerre du Retail !

Agriculture : Prospera Technologies, basée en Israël, a développé des capteurs utilisant les mécanismes de « machine learning » (des algorithmes auto-apprenant, c’est à dire en mesure de d’apprendre sans avoir nécessairement été programmé pour cela) pour améliorer les rendement de la production grâces à des prévisions météorologiques par exemple. La société Blue River Technologies, basée à Sunnyvale en Californie a choisi elle de développer de nouveaux types d’équipement permettant aux producteurs de mieux comprendre l’évolution de leurs plantations grâce à des robots mobiles utilisant essentiellement le « computer vision« , c’est à dire les information qu’il est possible de tirer par l’analyse de séquences d’images, avec toutes les bases de données et d’analyses disponibles dans ce type de discipline et ainsi améliorer les méthodes de production.

L’intelligence artificielle dans les fonctions

Les différentes technologies composant cette discipline ne sont pas uniquement adressées pour des métiers mais aussi pour des fonctions de l’entreprises afin d’améliorer une certaine productivité.

Dans les ventes : Persado, basée à New York, utilise des technologies de contenus cognitifs consistant en résumé à copier le mécanisme de la logique humaine pour aider une force de vente à être plus performante dans la communication avec ses interlocuteurs, comme si on voulait multiplier les opérateurs dans un souci d’efficacité commerciale. Ces outils d’amélioration commercial sont une des principales cibles de ces startups prêtes à en découdre pour le grand Graal de la prochaine licorne.

Dans la recherche et développement : Citrine, startup Californienne de San Francisco, est une sorte de boîte à outil qui ingère et analyse de vastes quantités de données techniques sur les matériaux, les produits chimiques pour rationaliser les activités de R&D, de fabrication et de chaîne d’approvisionnement de toute organisation produisant un produit physique. La startup utilise elle aussi des techniques de « machine learning » permettant de faire grandir la quantité d’équations et de flux nécessaires au bon fonctionnement d’une plateforme à destination de profils plutôt scientifiques

Dans l’organisation du temps : la startup x.ai est responsable de la multiplications des assistants dans le monde des entreprises pour des personnes qui ne font confiance qu’à eux mêmes mais qui se retrouvent débordés par les contraintes d’un emploi du temps trop chargé. La technologie de la startup New Yorkaise se charge donc de prendre en charge votre agenda et de coordonner les rendez-vous dans un agenda qui mêle les créneaux horaires et les boites emails surchargées.

Il a a aussi des blocs de technologie comme la reconnaissance d’image qui existent bien avant les années 2000 et qui aujourd’hui continue de se développer avec des startups comme Clarifai, toujours basée à New York (décidément…) utilisant notamment le « deep learning« , inspiré également d’une forme de structure et de fonctionnement du cerveau (encore bien difficile à copier pour nos amis les robots). Les usages sont multiples dans cette discipline et les cas d’usages se trouvent dans les médias, les services à l’entreprise, la formation.

On comprend bien que l’on a pas fini d’en entendre parler de cette intelligence artificielle, qui n’est pas simplement le fait de robot que l’on cherche souvent à opposer à l’être humain et son cerveau que l’on n’a même pas encore fini d’étudier et de comprendre. La maturité des disciplines scientifiques appliquées aux ordinateurs n’a pas fini de nous simplifier la vie et de trouver des milliers d’usage, dans tous les métiers et toutes les fonctions, le stockage de données ayant vu ses coûts réduire significativement. Il reste à se poser la question de toute cette tuyauterie et de son encombrement sur les serveurs du monde entier, raison pour laquelle certaines startups se penchent déjà sur le stockage de données dans des serveurs informatiques qui seraient envoyés dans l’espace. Mais ceci est une toute autre histoire !

L’actualité High-tech du jour : DNANexus

Bienvenue sur cette rubrique au jour le jour sur ce qu’il faut retenir de la Silicon Valley !

DNANexus

Le hasard de l’actualité va me permettre d’évoquer une société dont j’ai parlé déjà en Janvier 2014, DNANexus, qui avait à l’époque annoncé une levée de fonds de $15 millions. Tout en parlant, pour le deuxième jour de suite, de génétique. Il s’agit une nouvelle fois, après Color Genomics (voir l’article paru hier), de DNAnexus. La startup, basée à Mountain View, a pour objet est de sauvegarder votre séquençage d’ADN afin de proposer des services spécifiques d’analyse et de reporting pour le traitement des pathologies, le tout en permettant de partager toutes ces données. Il est donc là non pas question de pipette, mais de traitement de données collaboratives dans le cloud, pour une startup qui semble abonnée aux levées de $15 millions puisqu’après cette levée de Janvier 2014, précédée par une Serie A en Octobre 2011 pour ce même montant, voilà donc $46 millions assemblés depuis la création de la startup en 2009.

Google Ventures, en bon voisin a Mountain View, avait fait partie des deux tours précédents, mais cette fois c’est une entreprise inscrite aux Îles Caïmans ayant ses bureaux en Chine (ainsi qu’aux États-Unis et en Islande, drôle de mélange), si j’ai bien tout suivi, qui vient de remplir le pot aux fraises. C’est en fait un accord industriel qui a été donc conclu avec une entreprise dont la plateforme est utilisée par bon nombre d’outils industriels dans le domaine pharmaceutique, de la biotechnologie et du médical, Wuxi Pharma Tech, et plus spécifiquement sa filiale Wuxi NextCode, qui propose un des systèmes les plus sophistiqués en matière d’usage des séquences de données pour proposer de meilleurs diagnostics et mieux traiter les pathologies.

WuXi PharmaTech

Il s’agit dans le cas présent d’un investissement stratégique qui va permettre en fait de développer un partenariat avec une société Californienne  rompue aux problématiques du cloud qui doit certainement être le chaînon manquant pour Wuxi NextCode, et ainsi accélérer ces problématiques de traitement des séquences de diagnostic. Ceci étant, en même temps, c’est une autre chaîne d’informations qui sera ainsi disponible, quelque part sur Internet, peut être la votre, respectant au passage les régulations en cours en Chine, ce qui me laisse plutôt sceptique à lire. Comparativement, le coup de fil à votre belle-mère, votre adresse email personnelle, ou encore la photo de la dernière pizza au poivron que vous avez prise sur Instagram semblent bien peu de choses. Vouloir se protéger du terrorisme sans pour autant sacrifier la confidentialité de ses informations personnelles, ce sont des belles théories. Mais parfois, à trop lire ce qui se passe dans le domaine de la santé et des technologies, on se dit que les vrais débats sont ailleurs.

Désolé, mais autant le débat sur la nouvelle loi de renseignement a tendance à m’ennuyer (et je suis pourtant conscient des enjeux), autant je ne peux m’empêcher d’avoir les idées mal placées sur ce sujet de données extra-personnelles sur sa santé, tant ça semble à la fois abstrait et… c’est en ce moment que ça se passe. Protégez vos données, mais surtout gardez votre salive près de vous. Une petite vidéo pour justement éviter de saliver :

Vous noterez cette propension de ces sociétés de traitement du génome à utiliser les même codes de couleur… big brother ?!

Wuxi NestCode

Color Genomics23andme

 

 

 

 

 

 

 

 

Mercredi 22 avril 2015

A demain pour la suite…

Il était une fois des Français d’Australie en visite en Californie… en avant Maestrano !!!

Techcrunch et sa conférence Disrupt sont bientôt de retour à San Francisco : du 7 au 11 septembre, l’un des blogs technologiques les plus influents de la Silicon Valley va ouvrir ses portes. Techcrunch a commencé ses activités de conférence en 2007 avec Techcrunch40, un concours de startups mélangé avec ce qui ressemble à une sorte de Foire de Versailles de jeunes gens en Tshirt avec plein d’amour à vous vendre. Les vainqueurs des différentes éditions ont connu differentes aventures… Pour Techcrunch40, en l’an 2007, c’est  Mint, un site de gestion des finances personnelles en ligne qui a gagné le premier prix de $50.000, qui se fera racheter par Intuit en septembre 2009 pour $170 millions. En 2008, l’évènement devient Techcrunch 50, et c’est Yammer, le réseau social d’entreprise acquis pour $1,2 milliard par Microsoft en juin 2012, et dont certains fantasment de voir son ancien CEO à la tête de Microsoft lors du départ de Steve Balmer à la retraite d’ici un an. Redbeacon, le site de mise en relation des prestataires avec les internautes pour réaliser des tâches à domicile, gagne le gros lot en 2009 et en janvier 2012 avec le rachat par Home Depot. En 2010, place à Disrupt, et c’est Qwiki qui finit en tête… et chez Yahoo! en juillet 2013 pour $50 millions, après avoir frôlé la catastrophe.

Depuis, la compétition s’est étendue à New York, Pékin et il n’y a pas tant à dire, mais cela reste un des endroits préférés du monde, et particulièrement à San Francisco, là où toute sorte de miracle peut arriver, selon la légende. Parmi eux, deux Français venus tenter le jackpot avec leur startup Maestrano depuis Sidney, Australie… une histoire comme on les aime, lisez plutôt…

Photo : Stéphane Ibos et Arnaud Lachaume

Le Journal de la Silicon Valley : « Pourquoi l’Australie ? »

Stéphane Ibos, Maestrano :  « L’Australie par hasard en fait, au début du moins. Pour nous deux, une envie certaine d’ailleurs après nos études – lycée, prépa, école d’ingénieur mais tout ça en France. Or les écoles permettent de faire des stages de fin d’études à l’étranger.

En ce qui me concerne l’Australie a été un coup de chance. J’avais postulé pour des stages aux US et une offre a été postée pour un stage chez Thales en Australie. Alors pourquoi pas ? A partir, autant partir vraiment loin, puis 6 mois, c’est assez court en somme. J’ai donc eu le stage et la magie Australienne a opéré : je suis tombé amoureux du pays, des gens, de l’histoire … et du climat ! Alors quand Thales m’a proposé un visa de travail et un poste, j’ai tout de suite accepté, même si je savais que le salaire était vraiment mauvais par rapport au marché. Il fallait juste que je revienne.

Quant à Arnaud, même envie d’ailleurs. Nous nous étions rencontrés à l’école et étant d’un an mon cadet, il a eu besoin d’un stage un an après moi. A cette époque, je gérais déjà le département Recherche et Développement d’une Unité Business chez Thales, je l’ai donc pris dans mes équipes. Nous avons toujours voulu créer une boite ensemble et lui aussi est tombé sous le charme austral. Depuis nous avons fait nos vies ici. J’ai maintenant la double nationalité et Arnaud devrait l’avoir l’an prochain.

L’Australie c’est une découverte mutuelle. Ou vous aimez le pays profondément et il vous le rend bien ou le courant ne passe pas et il vaut mieux tenter son bonheur ailleurs… »

Le Journal de la Silicon Valley : « Ca fait quoi d’avoir une startup en Australie ? »

Stéphane Ibos, Maestrano : « Ça fait mal J. Non plus sérieusement les challenges à gérer sont sans doute les mêmes que pour toutes les startups dans le monde.

Il y’a quelques inconvénients comparé aux startups de la Silicon Valley – il y’a moins d’investissement en Australie dans les secteurs tertiaire et service, ainsi que pour les Web startup. Traditionnellement, l’investissement est centré sur les activités minières qui font la richesse du pays. Mais depuis quelques temps ces investissements ralentissent un peu et on assiste à un transfert vers des technologies plus orientées service. Le processus vient de démarrer ceci dit et d’après les économistes devrait s’accentuer sur la prochaine décennie. Comme nous sommes très optimistes, nous sommes convaincus qu’il est bon d’être parmi les précurseurs – il y’a d’avantage de travail pour convaincre les investisseurs et l’écosystème, mais les marges de manœuvre et d’erreur sont sans doute plus grandes également.

Il y’a aussi de francs avantages. L’Australie est un pays de doers (« Qui font ») et l’entreprenariat est généralement salué, pour le courage qu’il représente mais aussi l’intérêt potentiel pour le pays. Les gens sont encourageants et essayent vraiment d’aider par tous les moyens. Comme la scène startup est en plein boom en ce moment (Particulièrement sur Sydney), il y’a beaucoup de dynamisme, d’entre-aide et de système-D. C’est au final très enrichissant parce qu’on sent bien qu’il y’a une vraie communauté. C’est aussi très excitant parce qu’on se sent un peu « pionniers » comme si ce jeune pays (2 siècles au total !) voulait encore continuer à grandir et à découvrir de nouveaux horizons. Une belle aventure, vraiment ! »

Le Journal de la Silicon Valley : « Comment vous est venue l’idée de Maestrano ?« 

Stéphane Ibos, Maestrano : « A la base nous avions une idée totalement différente. Quand nous avons voulu commencer à développer les premiers concepts, nous cherchions des outils simples et peu chers pour gérer notre compagnie naissante et avoir des systèmes professionnels pour commencer sur le bon pied. Nous avons alors cherché partout et n’avons trouvé que des outils sous licence très chers et totalement inadaptés à des petites structures ou des outils très complexes sur le plan technique, à installer et à gérer. Nous allions devoir soit gérer notre startup avec du papier et des crayons, soit passer un temps colossal à s’occuper de nos systèmes soit débourser une petite fortune, ce qui était inconcevable !

Alors nous avons décidé de créer ce service qui nous manquait tant. Des applications pour entreprise, déjà déployées, accessibles en un simple clic depuis un « App Store » et installées automatiquement, le tout pour une somme dérisoire.

Nous avons commencé à discuter de notre projet autour de nous, à d’autres startups et nous avons clairement senti que l’idée plaisait. Nous avons alors élargi aux Petites et Moyennes Entreprises, car il nous fallait un Business Model valide et profitable. Nos études de marché ont confirmé que la demande était là, sans même le savoir – beaucoup de nos répondants ne pensaient même pas qu’un tel service puisse exister.

Maintenant, c’est fait ! »

Le Journal de la Silicon Valley : « Ca fait quoi de passer de Thales au monde des startups ?« 

Stéphane Ibos, Maestrano : C’est un sentiment assez indescriptible mais très certainement incroyablement satisfaisant sur les plans humain et professionnel.

Thales est une belle entreprise. Pour un jeune cadre, c’est un endroit où l’on peut apprendre beaucoup, rencontrer des gens incroyables et vivre des situations dont on se rappelle longtemps. Mais ça reste une grande corporation. Ce qui veut dire qu’il y’a certes un confort matériel indéniable, un chèque stable à la fin du mois, des voyages fort sympathiques. Mais il y’a aussi la lourdeur administrative d’un système trop grand pour être agile, trop démultiplié pour être aussi efficace qu’un jeune hyper-motivé le souhaiterait et l’ensemble est en permanence traversé par des vagues de politique interne qui si elles sont assez distrayantes au début, en deviennent lassantes au fur et à mesure de la progression.

Alors passer à une startup, c’est un choc. Tout est plus rapide, moins certain. Le stress corporate est remplacé par le stress de la création, l’envie de faire plus, de développer encore davantage cette vision qui nous habite, avec la limite imposée par les 24 heures d’une journée et les moyens du bord. Je pense que la transition est comparable à une traversée de la manche en Airbus A320 comparé à un voyage dans le biplan de Blériot. Dans l’un, on est confortables, on ne sent rien et lorsque l’on arrive, la saveur est assez terne. Dans l’autre, on a froid, on tremble pour sa vie, on arrive épuisé mais sans doute le plus heureux des hommes. Le voyage compte dans une startup, au moins autant que la destination !

En tout cas, si je ne regrette en aucun cas mon épopée dans une grande entreprise, je ne regrette certainement pas non plus mon immersion dans un monde si vibrant, énergique et innovant que celui des startups. De toute façon, il y’a trop de choses à voir, faire et découvrir pour avoir même le temps de vraiment se poser la question ! »

Le Journal de la Silicon Valley : « Qu’est ce qui différencie votre produit de sa concurrence ?« 

Stéphane Ibos, Maestrano : Au risque de faire une réponse un peu mièvre, je dirais que le premier différentiateur est la passion que nous amenons à notre plateforme et à notre solution. Nous cherchons certes à faire grandir un business mais nous cherchons surtout et avant tout à aider les autres startups et PME. Plus nos clients auront de temps et de facilités pour gérer leurs business, plus ils grandiront et automatiquement, nous en bénéficierons à notre tour. Et ça, c’est une différence. Nous avons bien conscience que notre succès dépendra directement du succès de nos clients.

Sur un plan plus traditionnel, nous sommes les premiers à fournir un service totalement centralisé, depuis lequel une entreprise entière peut être gérée, à un cout inégalé sur le reste du marché du à notre infrastructure propriétaire, et avec la possibilité de payer à l’heure l’utilisation des applications et non avec un abonnement systématique. Cela permet à nos clients de ne payer que pour ce dont ils ont vraiment besoin, lorsqu’ils en ont besoin.

De plus, nous sommes un des rares « Cloud providers » à proposer une solution qui ne requiert aucune compétence technique, sans en même temps enfermer ses clients dans des engagements ou contrats compliqués.

La plupart de nos clients actuels nous l’ont confirmé : Maestrano, l’essayer c’est l’adopter ! »

Ben voyons!

Suivre Maestrano sur Twitter : @Maestrano