Un peu de verdure dans un monde de pierre et d’acier : le Salesforce Park de San Francisco

Salesforce Park

Cela fait plus de 6 années que je parle de technologie sur ce blog, et il n’est jamais trop tard pour parler d’un peu de verdure dans un monde où la tech perd un peu trop la tête, et j’apprécie quand il y a d’une façon ou d’une autre un rapprochement entre cette industrie et les gens d’en bas,  dont toi et moi lecteur faisons partie, ne l’oublions pas. Ça plane un peu trop dans le monde des startups en ce moment : la grande désillusion du monde d’Uber, les bitcoins et la Blockchain, les levées de fonds de la Silicon Valley…

Salesforce Park

Je croise beaucoup de touristes Français cet été qui n’ont pas compris que ce n’était pas la meilleur période pour visiter San Francisco, qui a des caractéristiques météorologiques assez spécifiques avec un climat relativement froid et brumeux, du à une combinaison de facteurs propres à la région, et donc particulièrement fréquents en été. Même s’il semble prouvé  que le réchauffement climatique diminue les effets du brouillard avec le temps. Je les vois rechercher les fameuses « pink ladies », la maison bleue de Le Forestier, et je ne sais quel autre attrape-nigaud pour touristes en vacances. J’ai un nouveau plan à leur proposer…

Salesforce Park

Parler de la nouvelle gare routière de San Francisco et de son parc va nécessairement faire un peu de publicité pour la société Salesforce, mais pour diverses raisons cela ne me gêne pas. Ce que Marc Benioff a fait et fait encore pour la ville de San Francisco, personne n’a fait autant : les Chesky d’Airbnb, les Systrom d’Instagram, les Kalanick d’Uber, les Dorsey de Twitter, et j’en passe, sont plus occupés par (dans le désordre) mesurer quotidiennement la taille de leur égo, leur valorisation boursière, leur défiscalisation généreuse, voyager, profiter de la vie… C’est bien normal, et il est fort connu que le pognon ça occupe.

Salesforce Park

Marc Benioff est un grand contributeur de la ville à travers ses activités philanthropiques : à titre personnel pour des hôpitaux de San Francisco et Oakland, pour débarrasser la mer de ses plastiques (un sujet à la mod en France en ce moment), mais aussi au niveau de sa société Salesforce en instituant le modèle « 1-1-1 » où l’entreprise s’engage à apporter une contribution correspondant à 1% des fonds propres, 1% des heures de travail des employés et 1% des produits aux communautés qu’elle choisit de subventionner.

Gare routière Transbay

Depuis sa création en 1999, Salesforce a octroyé plus de 168 millions de dollars en subventions, 2,3 millions d’heures de service communautaire et fourni des dons de produits à plus de 32 000 institutions sans but lucratif et établissements d’enseignement supérieur. Salesforce a bientôt 20 ans. Salesforce est un éditeur de logiciels, basé à San Francisco donc, qui distribue des logiciels de gestion basés sur Internet et héberge des applications d’entreprises. L’entreprise est surtout connue au niveau international pour ses solutions en gestion de la relation client.

Salesforce Park

Salesforce occupe plusieurs buildings dans le quartier Soma de San Francisco (South of Market, là où les startups ont déferlé en grand nombre depuis 10 ans) et 2018 a correspondu à l’avènement de plusieurs constructions : la Salesforce Tower, Le Salesforce Transit Center, et le Salesforce Park. La Salesforce Tower aura été construite entre 2013 et 2018, est haute de hauteur de 296 mètres (970 pieds) pour une hauteur totale de 326 mètres (1070 pieds). La Salesforce Tower se révèle être le deuxième bâtiment le plus grand à l’ouest du Mississippi, après le Wilshire Grand Centre de Los Angeles.

Salesforce Park

La Salesforce Tower est la pièce maîtresse du plan de réaménagement du plan de réaménagement de San Francisco Transbay, la nouvelle gare routière. Le projet est composé de bureaux, d’une gare routière donc, de commerces et d’une partie résidentielle. Des restaurants vont bientôt ouvrir dans la Tour. Et donc, sur le toit de la nouvelle gare routière, il y a le nouveau Salesforce Park. C’est un mélange d’inspiration de la High Line de Manhattan, une voie verte surélevée de 1,45 mile de long créée sur un ancien axe ferroviaire du New York Central Railroad à l’ouest de Manhattan, à New York, et du bâtiment de bureaux récemment construit par Facebook en face de son siège qui dispose d’un grand parc d’arbres et de verdure.

Salesforce Transit Center

Le site a été inauguré hier (avec son parterre habituel d’Américains venant faire la queue en grand nombre, selon la coutume), et j’ai pu en faire le tour aujourd’hui dimanche, après l’avoir vu se construire depuis mon bout de bureau où je suis installé depuis 2015. Puisse cette gare routière désengorge le traffic sur San Francisco, qui devient de plus en plus impossible année après année, étant donné le bassin d’emploi créé (entre autres) par toutes ces récentes et moins récentes startups de San Francisco, à ne pas confondre avec la Silicon Valley qui commence à prendre la poussière avec l’absence de nouveaux leaders sur le marché des entreprises qui veulent changer le monde. On voit ce que devient Facebook, n’est-ce pas ?!

Salesforce Park
Salesforce Park

 

Et la Salesforce Tower, vue d’en bas. Remember.

Salesforce Tower
Salesforce Tower

À quoi bon peut servir la Blockchain (à part jouer avec le feu et les Bitcoins)

Photo by Chris Liverani on Unsplash
Photo by Chris Liverani on Unsplash

Expliquer ce qu’est la Blockchain est un exercice complexe. Il y a suffisamment de matière sur Internet pour se faire une idée de sa définition, je vais donc m’intéresser aux cas pratiques rencontrés aux États-Unis… sans négliger un peu d’explications !

Les bases

Une Blockchain est une sorte de registre ouvert et distribué qui peut enregistrer les transactions entre deux parties de manière vérifiable et permanente. La technologie Blockchain offre un moyen pour deux parties de parvenir à un accord (ou à un consensus) sur une relation numérique commune. Cet historique numérique commun est important car les actifs et les transactions numériques sont en théorie facilement falsifiés ou dupliqués. La technologie Blockchain résout ce problème sans utiliser d’intermédiaire de confiance.

Cela se matérialise par une liste d’enregistrements en continu, appelés blocs, qui sont liés et sécurisés à l’aide de la cryptographie. Chaque bloc contient généralement un traduction cryptographique du bloc précédent, un horodatage et des données de transaction. Par sa conception, une Blockchain est intrinsèquement résistante à la modification des données. « La conséquence pratique est de disposer pour la première fois d’un moyen pour un internaute de transférer une propriété numérique unique à un autre internaute, de sorte que le transfert soit sûr et sécurisé, tout le monde sait que le transfert a eu lieu, et personne ne peut contester la légitimité du transfert. Les conséquences de cette percée sont difficiles à surestimer. » Voici les commentaires de Marc Andreessen, le célèbre investisseur de la Silicon Valley et fondateur de Netscape dans les temps anciens d’Internet, sur la Blockchain.

En août 2017, Walmart, Kroger, Nestlé et Unilever, entre autres, se sont associés à IBM pour utiliser la technologie de la Blockchain afin d’améliorer la sécurité alimentaire grâce à un meilleur suivi de la chaîne d’approvisionnement. Walmart travaille avec IBM depuis 2016 et a déclaré que cela a permis de réduire le temps nécessaire au suivi des expéditions de mangues, par exemple de 7 jours à 2,2 secondes. Avec 9 autres grands fournisseurs alimentaires rejoignant le projet IBM, l’industrie alimentaire, où la collaboration est généralement rare, pourrait également être mieux alignée pour les rappels de sécurité, comme cela arrive trop souvent. Le chef de la sécurité alimentaire de Kroger, Howard Popoola, a déclaré: « C’est l’occasion pour nous de parler d’une seule voix et de dire au monde que la sécurité alimentaire ne sera pas un problème de concurrence. » Les développements autour des technologies de Blockchain, de cryptocurrencies, avancent à une vitesse sans précédent. Les détaillants ne peuvent pas l’ignorer ou penser qu’ils peuvent attendre pour commencer à payer plus d’attention. Alors, que peut-on faire maintenant ?

La Blockchain pour l’identification

Utiliser le processus d’identification sur Internet avec la Blockchain est un très bon cas d’utilisation pour comprendre quelle valeur ajoutée cela apporte aux normes actuelles. Civic Technologies, une startup située à San Francisco, sécurise et protège les identités en donnant aux entreprises et aux particuliers les outils nécessaires. Grâce à leur architecture décentralisée avec la Blockchain et la biométrie sur les smartphones, la plateforme Civic permet aux utilisateurs de partager et de gérer leurs données d’identité de façon entièrement vérifiée. Ce nouvel écosystème réduit le coût global de «KYC» (concept à la mode signifiant «Connaissez votre client» qui correspond au processus d’identification et de vérification de l’identité de ses clients), supprime les inefficacités, améliore la sécurité et la confidentialité, facilite considérablement l’expérience utilisateur et révolutionne la chaîne de vérification d’identité actuelle. L’objectif de l’entreprise est de créer une relation de confiance et de créer un réseau de protection des identités où les consommateurs peuvent s’inscrire gratuitement aux services de protection contre le vol d’identité et ainsi permettre au système de vérifier et d’authentifier qui ils sont. Cette stratégie a aidé Civic à créer des systèmes de vérification d’identité qui seront la base d’une vision beaucoup plus large : créer des identités numériques pour tous.

Civic
Civic

Civic a ainsi développé un nouveau type de service d’authentification, appelé ChainAuth, qui utilise la Blockchain pour valider les informations d’identification des personnes. Vos informations personnelles ne sont jamais stockées dans la blockchain, mais Civic utilise l’infrastructure cryptographique pour s’assurer que les données sur votre appareil ne sont jamais modifiées ou compromises. Fondamentalement, Civic valide vos informations personnelles et votre identité, les stocke sur votre téléphone mobile (pas sur les serveurs de Civic) et vous seul pouvez voir ou utiliser ces informations. Cela signifie que si Civic devait être piraté, vos informations ne seraient jamais divulguées parce qu’elles ne l’ont tout simplement pas sur leurs serveurs.

Maintenant que vos informations sont sécurisées sur votre appareil (et sauvegardées sur le système d’exploitation utilisé sur votre téléphone), vous pouvez utiliser ces informations pour effectuer l’une des opérations suivantes, par exemple :

– Ouvrir de nouveaux comptes avec des banques et d’autres institutions, ou seulement des sites Web et des applications,

– Entrer sans mot de passe sur les sites Web et les applications et authentification intégrée à 2 facteurs,

– S’inscrire de façon privée sur les  sites et les applications mobiles (elles peuvent vous permettre de vous inscrire sans prendre aucune information personnelle),

– Stockez vos clés cryptographiques et toute autre information personnelle, comme les dossiers médicaux, etc.,

– Générer des pièces d’identité et des passeports numériques (éventuellement, une fois que les gouvernements auront commencé à accepter Civic).

Les sites Web et les applications qui acceptent ces informations de Civic peuvent être assurés que vous êtes une personne réelle, et que toute information transférée est entièrement vérifiée – ce qui réduit les faux comptes, la fraude et même les trolls. Il y a une bonne raison pour laquelle les banques, le gouvernement et d’autres sites sécurisés n’acceptent pas les connexions sociales : les informations ne sont pas sécurisées ou vérifiées. Aujourd’hui, les sites Web et les applications peuvent également vous demander de vérifier les informations supplémentaires dont ils ont besoin, à la demande. L’avantage est qu’une fois que vous l’avez fait une fois pour un service, vous pouvez le réutiliser avec d’autres services. La société Civic a été lancée aux États-Unis pour les comptes vérifiés (nom vérifié, adresse et numéro de sécurité sociale) et également dans le monde entier (uniquement pour les comptes de base signifiant e-mail et numéro de téléphone vérifiés).

Avant la Blockchain - Après

 La Blockchain dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement

Il existe quelques startups qui sont à l’avant-garde de l’utilisation de la technologie blockchain dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement. Des géants de la technologie comme IBM, SAP et Oracle font également de la recherche et développement de solutions de chaîne d’approvisionnement qui sont testées par des sociétés comme Walmart et Maersk. À mesure que le développement progressera, la chaîne d’approvisionnement connaîtra une révolution qui améliorera l’efficacité et la transparence, au centre desquelles se trouvera la technologie blockchain.

SkuChain
SkuChain

Skuchain, une start-up basée à Mountain View en Californie, est l’un des acteurs les plus renommés dans l’industrie des solutions de chaîne d’approvisionnement de blockchain. Fondé par son PDG Srinivasan Sriram en 2014, Skuchain offre une plateforme de commerce collaboratif à ses clients. Identifiant les normes divergentes, et la mécanique opaque qui régit habituellement les règles du commerce international avec l’indisponibilité des données pour tous les participants de la chaîne d’approvisionnement, considéré comme étant les plus grands défis sur le marché, Skuchain s’est associé avec d’autres sociétés technologiques telles que NTT Data au Japon pour résoudre ces problèmes. Parmi les solution proposée, on peut citer le financement des stocks en mode Blockchain et un système de suivi et de traçabilité utilisant la technologie RFID. Skuchain travaille avec Chain of Things, un laboratoire de recherche « Blockchain-for-IoT » (la Blockchain pour les objets connectés), pour explorer la formulation de normes sur la façon dont les fonctionnent la signature des données des capteurs et de leur inscription sur la blockchain. Chain of Things fournit à Skuchain une communauté d’early-adopteurs (des spécialistes éclairés sur le sujet),  ce qui est crucial pour faire avancer le schmilblick de la Blockchain.

Eximchain a été fondée en 2015 au MIT et a depuis développé des solutions Blockchain de pointe pour l’industrie de la chaîne d’approvisionnement, avec une gamme de produits garantissant efficacité, sécurité et transparence. Parmi leurs produits, le financement de la chaîne d’approvisionnement dans lequel une startup utilise des contrats « intelligents » pour permettre aux institutions financières de vérifier la validité des commandes passées et de fournir le financement nécessaire. Eximchain facilite également la gestion transparente des stocks en permettant aux clients de partager les informations sur la demande et l’inventaire dans un grand livre commun.

Basé à Londres, Provenance est une startup dont la mission est de permettre aux entreprises de générer la confiance dans leurs produits et d’aider le consommateur final à prendre une décision éclairée sur les produits qu’ils achètent. Contrairement à Skuchain, dont l’objectif principal est l’utilisation en entreprise, Provenance cherche à tirer profit des données collectées dans le processus de la chaîne d’approvisionnement pour le bénéfice de consommateurs finaux afin qu’ils puissent être plus autonomes lorsqu’ils décident des produits qu’ils souhaitent acheter. Provenance vise à aider le consommateur final à suivre l’origine d’un produit ainsi que son évolution tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Cela créera la confiance dans les marques qui offrent la qualité, et ceux dont la qualité est compromise seront tout aussi facilement identifiés et évités. Les solutions de données transmises par Provenance peuvent être intégrées dans n’importe quel produit physique grâce à des étiquettes intelligentes, et même sur un site Web ou une application mobile. Leur projet pilote a été testé pour la traçabilité du thon en Indonésie, depuis sa pêche au consommateur final, avec d’excellents résultats.

La Blockchain et l’Internet des objets

Photo by Ben Kolde on Unsplash

Il y a une évidente relation entre l’Internet des objets, du fait de la prolifération continue de dispositifs de collecte de données dans la vie quotidienne, et au travail, et la blockchain, conçu pour permettre la création d’enregistrements infalsifiables en temps réel. Les enregistrements dans la Blockchain sont par nature transparents : l’activité peut être suivie et analysée par toute personne autorisée à se connecter au réseau. Si quelque chose se passe mal, comme par exemple des ruptures qui surviennent, des fuites de données qui apparaissent là où elles ne le devraient pas, alors l’enregistrement dans la Blockchain simplifie l’identification du maillon faible et, espérons-le, permet de prendre des mesures correctives. L’utilisation du cryptage et du stockage distribué signifie que toutes les parties impliquées dans la chaîne d’approvisionnement peuvent faire confiance aux données. Les machines enregistrent, en toute sécurité, les détails des transactions qui ont lieu entre elles, sans surveillance humaine. Les facilités de « contrat intelligent » fournies par certains réseaux de Blockchain, tels que Ethereum, permettent la création d’accords qui seront exécutés lorsque les conditions seront remplies. Cela peut être très utile lorsqu’il s’agit, par exemple, d’autoriser un système à effectuer un paiement, lorsque les conditions indiquent que la fourniture d’un service a été fournie. La Blockchain offre la possibilité d’améliorer considérablement la sécurité globale de l’environnement des objets connectés. Une grande partie des données générées par l’Internet des objets est évidement très personnelle, comme par exemple les appareils domestiques intelligents qui ont accès à des détails intimes sur nos vies et nos routines quotidiennes.

Ce sont des données qui doivent être partagées avec d’autres appareils et services conçus afin de nous être utiles. Mais cela signifie également qu’il y a beaucoup plus d’opportunités pour que les pirates informatiques puissent accéder à ces informations. Les entreprises et les gouvernements investis dans  l’Internet des objets doivent également faire face à cette possibilité accrue de violation de données par des criminels, ou des rivaux ennemis étrangers. La IOTA Fondation fait partie de ces organisations qui travaillent à la définition d’une nouvelle norme dans l’industrie et à une «économie à la demande en toute confiance en établissant un nouveau type de Ledger of Everything (sorte de livre comptable numérique)».

IOTA Fondation
IOTA Fondation

Le registre, dans le vocabulaire de la Blockchain, est le « livre » où les transactions passant par la blockchain sont écrites. La principale innovation derrière la IOTA Fondation est un nouveau registre révolutionnaire (appelé Tangle) qui est évolutif, simplifié et qui, pour la première fois, permet de transférer de la valeur sans frais. Cela apporte de nouvelles opportunités de business pour les entreprises que les frais prohibitifs tenaient à l’écart jusqu’à présent. Créés spécifiquement pour le traitement des objets connectés, les interactions et les paiements, la IOTA Fondation a développé une devise symbolique de ce nouveau système qui devrait être soutenue par la Deutsche Bank, qui considère que ce système présage le futur potentiel de l’économie mondiale. RBVC (la société de capital-risque de Robert Bosch GmbH) a investi dans la IOTA Fondation et un partenariat  a également été signé avec la société automobile Volkswagen du fait que l’avenir des voitures intelligentes (ou voitures connectées) pourrait devenir une technologie décentralisée. La ville de Taipei a inclus la IOTA Fondation dans son projet et son équipe pour aider à développer des projets dans le cadre de la ville intelligente.

La Blockchain et les paiements

Les crypto-monnaies ont le potentiel de résoudre de véritables problèmes dans le monde de la consommation. Il y a 2,5 milliards de personnes qui sont actuellement en dehors du système financier, dont 1 Américain sur 12. L’une des raisons pour lesquelles le Bitcoin et les autres crypto-monnaies (une de ces crypto-occurrences utilisant la blockchain en tant que plate-forme de sauvegarde) suscitent un tel intérêt est qu’elles offrent l’opportunité de contourner des formes de paiement encore trop onéreuses. BitPay, l’une des premières sociétés consacrées à la de technologie de paiement Bitcoin, construit des outils pour dépenser, accepter et construire avec bitcoin. BitPay, offre une intégration de paiement bitcoin au point de vente de sorte que les e-commerçants peuvent accepter la crypto-monnaie comme mode de paiement. Newegg a annoncé récemment qu’il donnait à ses clients canadiens la possibilité de payer avec des Bitcoins, après les États-Unis en août 2014, confirmant ainsi un intérêt croissant pour ce type de transactions. Même si les transactions en Bitcoin représentent toujours un petit flux des transactions, elles ne cessent de croître.

Bitpay - Newegg
Bitpay – Newegg

Newegg est une des plus importantes sociétés de e-commerce en Amérique du Nord, avec une présence mondiale dans plus de 50 pays, en Europe, en Asie-Pacifique, en Amérique Latine et au Moyen-Orient avec près de 40 millions de clients. Newegg accepte les paiements par Bitcoin grâce à la plate-forme BitPay, et gère également les remboursements. Une autre société de e-commerce Américaine basée à Midvale, Overstock (avec ses 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires), est l’une des rares à accepter les Bitcoins comme paiement pour ses produits, un mouvement qui poussera peut être un jour Amazon à faire de même. Overstock a commencé à accepter bitcoin à la fin de 2013, mais actuellement seulement 0,25% du chiffre d’affaires du site e-commerce provient d’achats avec des Bitcoins, principalement sur la literie et la décoration intérieure. Pour l’instant, les acheteurs utilisant Bitcoin vont ailleurs pour trouver des vêtements. Certains magasins acceptent déjà les bitcoins comme mode de paiement. Lush, le magasin de cosmétiques britannique, qui a connu une croissance rapide avec des magasins à travers le monde, a décidé d’adopter le Bitcoin comme une forme de paiement pour son magasin en ligne. Parce que le Bitcoin n’est lié à aucune autre monnaie fiduciaire, il n’est pas affecté par les fluctuations des taux de change mondiaux, ce qui signifie que les clients du monde entier paient tous la même chose pour un produit. Leur directeur financier a déclaré que les crypto-monnaies sont l’avenir du commerce mondial et qu’ils veulent s’assurer être prêts à entrer dans cette nouvelle ère numérique. La société espère que l’utilisation d’une monnaie mondiale décentralisée ouvrira les portes d’un marché mondial, de fournisseurs mondiaux et même de groupes caritatifs basés dans les zones rurales à travers le monde. Lush voit cette initiative comme une première étape dans l’exploration de la technologie blockchain afin de fournir «un point de vue éthique sur ses possibilités».

Bitcoins et StreetWear
Bitcoins et StreetWear

La liste des détaillants de vêtements qui acceptent la crypto-monnaie jusqu’à présent est courte, mais ceux qui ont commencé à accepter des Bitcoins et autres sont particulièrement optimistes sur la technologie qui l’alimente, la Blockchain. Des sociétés comme Jeffersons (New Jersey) et Kicx Unlimited (Sacramento, Californie) semblent avoir trouvé une connexion entre les mondes de la crypto-monnaie et du streetwear. Il semble qu’un manque de confiance dans les systèmes traditionnels établis (les conglomérats de luxe et les banques) soient un bon cocktail pour développer l’usage des crypto-monnaies. Mais la raison réelle pourrait être beaucoup moins abstraite, du fait de la culture streetwear : essayer de suivre les dernières tendances. Les jeunes millenials sont déjà technophiles et n’ont pas peur de tester de nouvelles devises comme le Bitcoin. Plus de la moitié des détaillants utilisant le système de paiement Square seraient partant pour adopter le Bitcoin comme mode de paiement. Le résultat est un peu surprenant puisque les commerçants semblent plutôt éloignés de Bitcoin, du fait des fluctuations de prix incontrôlables. En Novembre dernier, Square a commencé à laisser certains clients acheter Bitcoin sur son système Cash App, ce qui permet aux utilisateurs d’envoyer de l’argent à des amis. La société a déclaré en janvier qu’elle déployait l’option à presque tous les utilisateurs. Des frais élevés, des temps de transaction lents et une volatilité extrême ont fait que beaucoup de sceptiques doutent que Bitcoin puisse réussir comme une forme légitime de paiement.

50+ Examples of How Blockchains are Taking Over the World par Matteo Gianpietro Zago

Ces trois différents cas d’usage ne sont que la partie visible de l’iceberg qui attend les différentes industries qui sont en train de faire l’objet d’un véritable raz de marée applicatif. Il ne se passe pas un jour sans que des entrepreneurs de startups utilisent les nouvelles formes de financement proposées par les ICO (pour initial currency offering), cette nouvelle méthode de levée de fonds fonctionnant via l’émission d’actifs numériques échangeables contre des crypto-monnaies (appelés « tokens » ou jetons numériques, émis et échangés grâce à la technologie Blockchain) durant la phase de démarrage d’un projet, pour lancer de nouveaux services.

Pour lire plus sur ce graphe de Matteo Gianpietro Zago, c’est par ici.

Pourquoi Amazon est sur toutes les lèvres

Je propose de prendre l’exemple de l’avancée d’Amazon sur les Retailers « traditionnels » avec  une récente annonce faite par Amazon au sujet des informations disponibles sur le sujet de la livraison à domicile.

Amazon a lancé fin avril dernier la disponibilité de la fonction de suivi des colis, permettant aux clients de savoir quand leurs livraisons se trouvent à proximité, et est en train de développer cette fonctionnalité à grande échelle sur les États-Unis. Cette nouvelle fonction permet aux clients d’avoir une mise à jour sur leur livraison lorsque le colis est à moins de 10 arrêts de livraison de leur emplacement. Il permet également aux utilisateurs de voir l’emplacement du véhicule de livraison sur une carte à tout moment.

L’annonce avait été faite pour la première fois à l’automne dernier, et était déjà largement disponible, même si Amazon a confirmé seulement récemment que la fonctionnalité était maintenant disponible pour tous les paquets livrés à partir d’Amazon à travers les États-Unis.

On se demande bien pourquoi on parle d’Amazon sans arrêt, et pourquoi le géant de Seattle (non, ce n’est pas en Californie pour ceux qui ne le savent pas encore) fait peur à tous les Retailers de France et de Navarre.

La raison est très simple : Amazon est une entreprise technologique. Tandis que les Retailers traditionnels, très peu familiers de la chose Internet (et je ne parle même pas du mobile, alors qu’ils ont le nez en permanence dessus), cherchent leur voie à travers les spécialistes de “transformation digitale” faisant le bonheur de bon nombre de cabinets de consultants Parisiens, Amazon déroule ce que les spécialistes appellent une roadmap.

Amazon, qui a contribué à populariser l’achat sur Internet depuis 1994, ne cesse d’améliorer l’expérience de ses utilisateurs. La société dispose pour cela de milliers de développeurs en logiciels, aux États-Unis et en Inde.

La livraison est un sujet crucial. Alors que les Retailers font alliance avec des startups pour les plus agiles pour sous-traiter la fonction, ou se demande encore comment ils vont pouvoir faire, pour les plus retardataires, Amazon ne cesse de proposer des améliorations pour faire de la livraison de colis un processus toujours plus pratique et indolore pour les clients. Les fenêtres de livraison sont déjà assez précises, et ceux ayant opté pour le statut “Prime” ne tardent pas vraiment à recevoir leur colis. Toutefois, les clients se demandaient à quelle heure il se présenterait (même si aux États-Unis on a tendance à vous le déposer sur le paillasson).

Ce nouveau “Map Tracking” change tout cela, laissant les clients savoir quand leur colis est dans le quartier, et sans permettre pas d’identifier quand le livreur arrivera sur votre trottoir, l’intention est de fournir à la fois la transparence et la réassurance pour les clients, étant donné que 88% des clients Amazon achètent sur sa plateforme du fait des avantages de la livraison gratuite. Il s’agit d’une série de mesures prises récemment par Amazon pour améliorer le processus de livraison, notamment le service “Photo on Delivery” de la société, annoncé en mars dernier, selon lequel le personnel en charge de la livraison prendrait des photos des colis laissés sans surveillance chez un client.

Amazon a également développé des méthodes plus innovantes en terme de livraison de colis, comme par exemple “Amazon Key”, qui permet aux employés d’entrer dans la maison du client, de déposer le colis et de verrouiller la porte à la sortie (seulement 70% des acheteurs ne sont pas encore disposés à utiliser le service), ou encore “Free in-car delivery” pour vous le déposer dans le coffre de votre voiture. Et puis il y a les “lockers” récemment mis en place en France depuis décembre 2015. Ça commence à faire beaucoup.

Et puis ? Et puis il y a le reste : la place de marché, la concurrence de prix qui vous assure de trouver un des meilleurs prix pour le produit recherché, le développement des produits en marque propre, le rachat des propriétaires de magasins (hier Whole Foods, demain Carrefour ?!). Et encore, l’expérience de shopping sur Amazon reste encore pauvre et les algorithmes n’ont pas encore donné toute la puissance que l’intelligence artificielle commence à proposer.

La société Amazon a de beaux jours devant elle. Après s’être bien occupé des États-Unis, c’est au tour de l’International de prendre les relais de croissance. Pays par pays. L’Europe, l’Inde, l’Australie…

Estimations Nedham & Co

Pour un petit tour sur les résultats financiers d’Amazon, c’est par ici.

L’actualité High-Tech de la semaine (en mode podcast) : Lyft, Tango Card, Uber, Kroger, et Peach

Lyft travaille sur son prochain scooter électrique

Photo by Simon Buchou on Unsplash

Lyft envisage de lancer un service de scooter électrique (en fait, des trottinettes équipés d’une batterie, capable d’aller à une vitesse maximale de 14 miles à l’heure) sur la ville de San Francisco. La société a engagé pour cela une société de conseil afin d’étudier les conditions de validation d’un permis d’exploitation puisque la ville a récemment décidé de contrôler plus sérieusement ce type de véhicules depuis la mise en place des 3 sociétés exploitants ne satisfait pas les règles de sécurité suffisantes (il s’agit de Lime, Bird et Spin). Lyft a déjà commencé à développer des prototypes de scooters électriques. La ville devrait autoriser jusqu’à cinq compagnies de scooters à opérer dans le cadre d’un programme pilote. Lire plus d’informations ici.

Tango Card recharge ses batteries

Site web de Tango Card

La plateforme de carte-cadeaux numériques Tango Card, basée à Seattle, lève $35 millions auprès de FTV Capital. L’entreprise gère des programmes de carte-cadeaux pour les entreprises souhaitant utiliser ce type de récompenses, et pour le grand public qui les achètent habituellement en magasin. Lire plus d’informations ici.

Uber se la joue positif

Photo by Victor Xok on Unsplash

Uber vient de clôturer ses comptes du 1er trimestre 2018 avec un chiffre d’affaires de 2,59 milliards de dollars, en hausse de 70% par rapport à la même période en 2017. Ô miracle, le résultat est un bénéfice de 2,46 milliards de dollars… Non, attendez, ces chiffres inclut un gain de $3 milliards provenant de la vente d’opérations en Asie du Sud-Est et en Russie. Hors ces profits exceptionnels, Uber a en fait perdu 550 millions de dollars (et non un peu moins de 1 milliard comme je l’indique le podcast). De bonnes raisons d’espérer ? Étant donné les ambitions affichées par le CEO, et les multiples tracas que rencontre l’entreprise, permettez moi d’en douter. Lire plus d’informations ici.

Kroger sur les pas d’Albertsons

La chaîne d’hypermarchés Kroger ($122 milliards en revenus avec 2.800 magasins à travers les US et 450.000 employés, basée à Cincinnati, Ohio) fait l’acquisition de la société de Chicago Home Chef pour 200 millions de dollars, avec 500 millions de dollars additionnels payables sur cinq ans en fonction des résultats futurs de la startups. Home Chef distribue des meal kits et continuera de fonctionner comme une filiale de Kroger, conservant ses bureaux et ses propres installations de distribution. Lire plus d’informations ici.

Une nouvelle startup de livraison de repas face aux problèmes de cette industrie

La startup de livraisons de repas aux aux immeubles de bureaux Peach, basée à Seattle, licencie 13 employés, soit 33% de son personnel (sic). Le CEO a déclaré que des compressions d’effectifs étaient nécessaires suite à une « nouvelle expérience de distribution » de produit qui n’a pas eu le succès escompté; Peach livre des commandes de repas. Lire plus d’informations ici.

Je remercie Sza et son album “Ctrl” pour m’avoir accompagné pendant ce podcast :

Le retour dans l’actualité d’une « monnaie Facebook »

Photo by David Shares on Unsplash
Photo by David Shares on Unsplash

Facebook envisagerait “très sérieusement” le lancement de sa propre crypto-monnaie. Ce n’est pas la première fois que l’idée d’une monnaie propre à Facebook ait été lancée, mais c’est à prendre avec plus de sérieux cette fois pour différentes raisons. La principale est cette annonce faite par David Marcus, le responsable de l’application mobile Messenger au sein du géant de Menlo Park, de la création d’un nouveau groupe de travail consacré à étudier les opportunités autour de la fameuse Blockchain. Sachant également que ce même David a rejoint le « Board of Directors » de Coinbase il y a 6 mois…

Explications :

  • Coinbase est une entreprise créée en 2012 et basée à San Francisco qui développe une plate-forme d’échange permettant d’acheter, de vendre et de stocker des Bitcoin (BTC), des Ethereum (ETH), des Litecoin (LTC) et des Bitcoin Cash (BCH), bref ce que l’on appelle des crypto-currencies (des devises numériques en bon Français),
  • la Blockchain (ou chaîne de blocs, à défaut de trouver une meilleure traduction en Français, ) est cette technologie de stockage et de transmission d’informations sans organe de contrôle qui sert de support à ces devises numériques. Là où la Blockchain passe, le monde de la finance du XXe siècle trépasse car le sujet des monnaies numériques n’est jamais bien loin,
  • David Marcus, grand gourou de l’application Messenger qui tarde à prendre son envol comme un relais de revenus à grand échelle pour Facebook, a dirigé la société financière Paypal comme Président après le rachat de sa startup Zong en 2011. Il a eu ainsi le temps de se familiariser plus encore dans le monde de la nouvelle Fintech, après plus de 10 années comme entrepreneur de startups dans le monde du paiement sur mobile.

La Blockchain pourrait certes aider à résoudre certains des problèmes les plus gênants de Facebook, comme la vérification d’identité, ou la vente de publicité. Il se passerait un certain temps avant que le travail de Facebook sur la blockchain et la crypto-monnaie devienne quelque chose de concret, et il serait sans doute plus prudent de mettre cette histoire de monnaie Facebook sur le compte de suppositions de journalistes, certes bien informés, mais qui ont aussi tendance aussi à mettre la charrue avant les boeufs.

Quand bien même : “Les paiements utilisant la technologie de cryptographie sont actuellement très chers, très lents, et ainsi les différentes communautés qui gèrent les différentes blockchains et les différents actifs doivent avant tout résoudre ces types de problèmes, et quand nous y arriverons un jour, peut-être que nous ferons quelque chose” a avoué David Marcus.

Il faut toutefois se rappeler que la plateforme sociale a déjà expérimenté la monnaie virtuelle en 2009 avec les Facebook Credits, qui pouvaient être utilisés pour acheter des biens virtuels dans des jeux populaires comme Farmville, publié par Zynga. Mais la fonctionnalité n’avait jamais vraiment gagné en popularité et Facebook l’avait fermé deux ans plus tard.

“Comme beaucoup d’autres entreprises, Facebook explore des moyens de tirer parti de la puissance de la technologie blockchain. Cette nouvelle équipe explorera de nombreuses applications différentes”, a déclaré un porte-parole de Facebook à CNBC dans un communiqué. Le site d’informations rapporte également que Facebook n’a pas l’intention de lancer une “initial coin offering” (ou ICO), cette méthode de levée de fonds fonctionnant via l’émission d’actifs numériques échangeables contre des crypto-monnaies, qui va en général de pair en ce moment lorsque l’on évoque la Blockchain et les monnaies numériques.

On a toutefois l’habitude parfois d’entendre tout et son contraire dans ces temps modernes où chaque annonce dans la presse sert à brouiller les cartes dans un monde des nouvelles technologies qui peut parfois nous donner le tournis.

Les enjeux de la « Silver Economy »

La « Silver Economy », quoi qu’apparemment une notion anglaise, n’est en fait majoritairement utilisée que par les Français, et par conséquent il serait plus correct de parler de « Senior Economy », mais peu importe. Il s’agit du secteur dédiée aux personnes âgées dans nos sociétés. Le processus de vieillissement de la population est réel et influence tous les marchés et les industries, tels que l’habitat, le transport, l’agro-alimentaire, les assurances, la robotique, la santé et e-santé, la communication, l’e-commerce, les loisirs …

Des entreprise sur ces marchés travaillent déjà à l’adaptation de leur offre au processus de vieillissement. Le vieillissement de la population intervient naturellement dans la plupart des pays du monde, et au cours des prochaines décennies, la part de la population mondiale âgée de 60 ans ou plus devrait atteindre des niveaux historiques sans précédent.

Selon les dernières estimations, d’ici 2050, il y aura 2 milliards de personnes de plus de 60 ans (22% de la population mondiale). En 2050, la population mondiale devrait être 3,6 fois plus importante qu’en 1950. Les gouvernements et les acteurs industriels imaginent de nouvelles politiques et de nouveaux produits pour répondre aux besoins de la population vieillissante.

La « Silver Economy » dans la perspective de vente au détail

Aux États-Unis, Best Buy fait du chiffre d’affaires avec des téléviseurs et des ordinateurs pour vendre des produits de surveillance à domicile qui s’occupent des personnes âgées. Par exemple, le détaillant de produits électroniques vend un programme d’installation de résidences-services appelé « Assured Living » au coût de 389,96 $ (l’installation coûte 199 $ de plus) dans certains magasins. Son CEO, Hubert Joly, envisage de lancer une initiative commerciale plus vaste de services à base de capteurs, vendus par l’intermédiaire de services de santé dans plus de 1.000 magasins Best Buy. Pour vous donner une idée du potentiel du marché : d’ici 2020, environ 45 millions d’Américains s’occuperont de 117 millions d’aînés.

Best Buy est pour le moment l’une des entreprises les plus actives dans la compétition pour un marché de 50 milliards de dollars destiné aux personnes âgées. Hubert Joly l’appelle « un espace blanc en attente d’être capturé ». Google, Microsoft et Samsung s’attaquent également au marché de la maison intelligente avec des produits tels que des caméras de sécurité et des thermostats pouvant être gérés par des contrôleurs vocaux ou des smartphones. Amazon a déjà lancé un programme d’installation de maisons intelligentes dans plusieurs villes de la côte Ouest. Tous ces systèmes pourraient facilement être adaptés pour garder un œil sur les personnes âgées.

À Denver, Best Buy s’est associée à l’assureur UnitedHealth pour proposer des séances de coaching sur le mieux-être par des diététiciens et des physiologistes au coût de 59 $ par mois. Ce prix comprend l’installation, plus une station pour la collecte de données, mais le reste du matériel est vendu séparément et coûte généralement quelques centaines de dollars par foyer. Ce n’est pas bon marché, mais c’est beaucoup moins que les 3.500 $ par mois que peuvent coûter d’autres programmes sur ce marché. Il n’y a pas suffisamment d’établissements de soins de longue durée pour prendre en soin toute la population âgées, et 90% d’entre eux veulent rester à la maison. Pour que les consommateurs plus âgés soient à l’aise lorsqu’ils achètent la solution, Best Buy utilise une équipe de vente spécialement formée pour conseiller les acheteurs potentiels sur ce qu’il faut acheter, tandis que l’installation est prise en charge par son équipe de support technique Geek Squad.

Au fur et à mesure que Best Buy progresse, il pourrait se retrouver en concurrence avec des entreprises qui vendent déjà des produits gériatriques dans les magasins Best Buy, signe que les soins aux personnes âgées deviennent finalement intéressants à traiter. Mais l’entrée de sociétés ayant une base marketing déjà établie aidera tous les acteurs puisque ce marché a connu une croissance lente jusqu’à présent en raison d’un manque de marques grand public dans cet espace.

En France, Vivadia est un pionnier dans la vente en ligne de produits spécialisés, désireux de devenir le centre commercial de référence de la « Silver Economy » en France. Un catalogue de 20.000 références de qualité, incluant des actualités, des guides pratiques, des conseils professionnels, sont proposés pour attirer et séduire, chaque jour, de nouveaux adeptes. Afin de devenir la première destination shopping des seniors, la galerie marchande de Vivadia est composée de 7 sites marchands spécialisés et de 28 sites marchands co-brandés, offrant le catalogue exclusif de marques réputées dans cette catégorie. Vivadia a été acquise par Damartex Group, le propriétaire de la marque Damart en mai 2017.

Les nouveaux types d’investisseurs dans la « Silver Economy »

Un signal positif pour une nouvelle économie est lorsque les investisseurs commencent à se concentrer sur un marché dédié. La biotechnologie et les sciences de la vie sont une affaire de spécialistes et nous avons assisté récemment à l’apparition d’une nouvelle génération d’investisseurs avec une grande connaissance dans ce domaine très technique, qui était plus dans le passé pris en charge par les compagnies pharmaceutiques. Ces nouveaux acteurs interviennent comme denouveaux influençeurs dans le domaine des soins et de la santé afin de stimuler une nouvelle économie.

Breakout Labs est l’un d’entre eux. Cette organisation investit dans des domaine proche de la recherche scientifique fondamentale qui est trop spéculative ou à trop long terme pour intéresser les investisseurs providentiels et les capital-risqueurs, mais qui n’est pas compatible aux sources traditionnelles de financement de la recherche scientifique. Breakout Labs opère dans le cadre de la Thiel Fondation, une organisation philanthropique créée par Peter Thiel, co-fondateur de Paypal et maintenant l’un des plus grands investisseurs individuels dans le domaine des technologies. Les investigations de Breakout Labs sur ce segment sont relativement larges, mais aussi plus axées sur la thérapeutique, et les investissements effectués dans ce domaine sont très intéressants à analyser.

Cortexyme, basé dans la région de la baie de San Francisco, développe des produits thérapeutiques pour modifier le cours de la maladie d’Alzheimer et d’autres troubles du vieillissement en ciblant un pathogène spécifique lié à la neuro-dégénérescence. La maladie d’Alzheimer affecte plus de cinq millions de personnes aux États-Unis. La société a levé 24 millions de dollars à ce jour, et travaille constamment sur le développement de nouvelles thérapeutiques et de nouveaux diagnostics, parallèlement à ces grandes sociétés pharmaceutiques vendant des milliards de pilules. Pfizer et Takeda Pharmaceutical Company font partie des investisseurs de la startup créée en 2012.

Fondée en 2010, Longevity Biotech, une société basée à Philadelphie qui a levé $840.000 à ce jour, développe une nouvelle classe de produits thérapeutiques via la technologie des protéines artificielles. La société développe de nouveaux médicaments thérapeutiques grâce à des molécules de type biologique qui sont hautement résistantes à la dégradation par les enzymes digestives naturelles et adaptables à des structures moléculaires très stables, qui peuvent avoir des impacts cliniques directs sur la vie des patients.

Laura Deming est une scientifique américaine âgée de 24 ans. Elle et son frère ont été scolarisés à la maison. À l’âge de 8 ans, Laura s’est intéressée à la biologie du vieillissement et, à 12 ans, elle a rejoint un laboratoire de l’Université de Californie à San Francisco. Elle a été acceptée au MIT à l’âge de 14 ans, mais a ensuite abandonné pour prendre la fameuse bourse de $100.000 de la Thiel Foundation. Elle est maintenant partenaire et fondatrice de The Longevity Fund, une société de capital de risque axée sur le vieillissement et l’extension de la vie. Le Longevity Fund recherche des startups testant l’hypothèse que le vieillissement peut être modifié par des choses uniques, des cibles spécifiques, de petites molécules ou des produits biologiques, en développant de nouvelles technologies pour manipuler les systèmes biologiques.

Deming croit que la science peut être utilisée pour créer l’immortalité biologique chez les humains, et a dit que mettre fin au vieillissement « est beaucoup plus proche que vous ne le pensez ».

Les startups de la « Silver Economy »

La perspective d’un marché gériatrique en plein essor a donné naissance à un nombre important de startups financées par du capital-risque offrant divers types de services technologiques. Personne n’a encore créé un grand succès sur ce marché et beaucoup ont échoué.

Un exemple est Lively, un service senior de surveillance à domicile soutenu par une société de capital-risque co-fondée par le président exécutif de Starbucks, Howard Schultz, dirigée par des vétérans d’Apple et eBay. La startup a essayé de développer trop rapidement la vente directe aux consommateurs, par le biais de partenaires industriels établis. La société n’avait pas d’autres solutions que d’être acquise l’année dernière par GreatCall, un fabricant de dispositifs adaptés aux personnes âgées, basé à San Diego. La Silver Economy est une source d’inspiration pour les entrepreneurs de startups dans le monde entier qui se penchent sur les cas d’utilisation multiples des routines quotidiennes des personnes âgées.

Au Royaume-Uni, Breezie fournit des tablettes avec des systèmes d’exploitation simplifiés pour aider les personnes âgées à accéder aux services en ligne. Créé en 2011, avec un financement total de 7,5 millions de dollars, Breezie vend un logiciel intuitif personnalisé qui convertit les tablettes Android en une expérience simplifiée, et supprime l’encombrement et le jargon des applications des services populaires (comme Facebook, Google, Skype, etc. ). Une récente collaboration aux États-Unis avec T-Mobile, le premier fournisseur américain de téléphonie, permettra à Breezie de se lancer plus rapidement sur le marché et de mettre en œuvre des services connectés plus riches.

Venant d’Israël, Easy to Connect (E2C), créé en 2012 (1,3 million de dollars d’investissements levés à ce jour), est axé sur le développement de solutions de communication pour les seniors, améliorant leur vie quotidienne en créant un espace dédié, protégé, avec un environnement technologique cohérent et simple qui correspond le mieux à leurs capacités. Les personnes âgées ont un grand besoin de communiquer avec leurs amis et leur famille. Alors que la jeune génération partage facilement tout avec tout le monde, ceux qui en ont le plus besoin sont laissés pour compte. Dans de nombreux cas, les dernières technologies de communication tactile standard dépassent les capacités des personnes âgées (en raison de problèmes physiques ou de produits trop compliqués). Cet environnement leur permet de bénéficier pleinement des dernières technologies de communication, notamment les Smartphones, les tablettes, la smart TV, les smart watches, etc.

Depuis New York, Hometeam (financement total de 43,5 millions de dollars) a été fondée en 2014 avec la vision de construire un monde où tous les aides-soignants sont visibles, reconnus et habilités, Offrant des soins et un soutien exceptionnels aux familles. Cela consiste à ré-imaginer comment les aidants professionnels sont formés, soutenus et connectés. Ce qui importe dans de nombreux cas est de savoir comment transformer la façon dont les gens vieillissent dans le confort de leur foyer en introduisant des innovations technologiques en partenariat avec nos soignants. Honor, une startup de San Francisco ayant levé 62 millions de dollars, fait le même travail depuis 2014.

À Moscou, Knopka Zhizni (Life Button en anglais), fondé en 2010 avec un financement total de 1,8 millions de dollars, a développé un système médical qui envoie des signaux lorsque les personnes âgées, handicapées et même les enfants ont besoin d’aide. Une personne âgée peut donc déclencher une alarme en appuyant sur le bouton. Et dans des situations dangereuses, par exemple, en tombant, le signal disparaît automatiquement. L’appel arrive au centre d’appel où les médecins sont en service, qui ensuite tentent d’atteindre le client ou les voisins, de l’aviser au téléphone ou d’appeler une ambulance. Le gadget lui-même ressemble à un téléphone avec un bouton SOS ou un bracelet avec un capteur de chute.

Depuis les Pays-Bas, Tinybots (créé en 2015) a développé un petit robot social appelé Tessa qui aide les personnes âgées atteintes de démence en leur fournissant des rappels systématiques, de la musique personnalisée, des contes, une thérapie cognitive et des instructions vocales pour les tâches quotidiennes. En utilisant une application, les soignants peuvent configurer un Tinybot pour les besoins et des souhaits personnels. Le robot Tessa ne ressemble pas à une machine, mais ne ressemble pas non plus à un animal en peluche : grâce à sa structure construite en bois, il s’intègre parfaitement entre vases et autres bibelots dans un intérieur moyen. A intervalles réguliers Tessa parle à sa colocataire, puis propose de jouer de la musique, ou de prendre une bouffée d’air frais. Le robot « entend » après une longue période de silence qu’il est temps d’entrer en action, et peut également être programmé avec une application par un membre de la famille ou un aide-soignant. Il peut annoncer son arrivée, afin que l’utilisateur de Tessa puisse s’y préparer. Même si Tessa répond à des questions simples et s’adapte à sa colocataire, ce n’est pas un chatbot. Cela semble simple, mais Tessa s’appuie sur des années de recherche sur la conception et les fonctionnalités dont les aide-soignants et les patients ont vraiment besoin.

De retour à San Francisco, Stitch, fondée en 2015 avec un investissement de total de $150.000, est un lieu de rencontre pour les personnes âgées. Ils ont développé une application conviviale qui modélise le flux de travail des fournisseurs de soins médicaux et présente les données sur la santé des patients dans le contexte des discussions de groupe, de la messagerie directe, des groupes privés et des forums de discussion. C’est un système de santé envisagé comme une plate-forme où toutes les personnes impliquées (les seniors, la famille et l’équipe médicale) forment un réseau partageant la même plate-forme et les mêmes données, l’ambition étant de devenir la plateforme universelle de la communication médicale demain.

La Silver Economy, ou Senior Economy, est au tout début de sa phase d’investissement avec l’apparition de nouveaux acteurs envisageant l’avenir de la recherche fondamentale comme inspirée par la volonté de changer le destin d’une société confrontée au vieillissement de la population mondiale. Cette industrie est toujours financée en majorité par des investissements privés et non par un business model provenant du Retail ou d’un marché grand public.

La Chine montre souvent la voie: une Chine vieillissante a accéléré la montée d’une telle économie. Selon le ministère des Affaires Civiles, le nombre de citoyens âgés de 60 ans et plus a atteint 230 millions en 2016, soit 16,7% de la population chinoise. Le chiffre atteindra 480 millions d’ici 2050. Cela signifie qu’un quart des personnes âgées dans le monde sera chinois. Le nombre de personnes âgées souffrant de maladies séniles et chroniques augmente, ce qui crée un besoin important de dispositifs d’aide à la réadaptation, de produits de soins de santé et de services de soins infirmiers intelligents en gériatrie.

On estime que la puissance de consommation de l’industrie des services parvenue à maturité en Chine passera de 0,6 billion de dollars à 106 000 milliards de dollars en 2050, soit 33% du PIB total. Alors que le monde entier est en train de devenir numérique, de plus en plus de seniors ont acquis de nouvelles compétences, en particulier le paiement en ligne. Alipay, le service de paiement mobile d’Alibaba, envisage que le nombre de ses utilisateurs âgés de plus de 55 ans aura atteint plus de 10 millions. La société prévoit que les paiements en ligne, les transferts en ligne et les paiements hors ligne utilisant l’application sont parmi les plus populaires de ses services utilisés par les personnes âgées. La Chine compte aujourd’hui environ 60.000 établissements d’enseignement pour personnes âgées comptant plus de 7 millions d’étudiants. Selon le plan de développement de la Chine pour les personnes âgées (2016–2020), chaque ville devrait avoir au moins une université pour personnes âgées, 50% des villes doivent créer de telles écoles, et 30% des villages devraient avoir des centres d’apprentissage âgés d’ici 2020. La Silver Economy en Chine offre des perspectives prometteuses pour le secteur des services. C’est juste un début !

The Hive lève un fonds de $26,5 millions pour investir dans des applications alimentées par l’intelligence artificielle

T.M. Ravi , fondateur de The Hive
T.M. Ravi , fondateur de The Hive

Je publie rarement des articles pour annoncer des levées de fonds. Je laisse cette tâche aux site dédiés aux choses du web et des nouvelles technologies qui en remplissent leurs colonnes, comme ces gossips d’Outre-Manche qui eux dévoilent les secrets des grands de ce monde que le commun des mortels feraient mieux d’ignorer. Ainsi va la nature humaine, ainsi va la « tech » des Eric Ries (celui qui écrit sur les startups à force de les regarder passer) et autres Techcrunch, le site d’information où les startups lèvent plus d’argent que leur ombre.

Une certaine déformation professionnelle de presque quinze ans dans les métiers de la finance me fait préférer les histoires des entreprises qui recrutent, font du chiffre d’affaires, se battent contre une économie capitaliste redoutable, qui se ré-inventent, qui meurent parfois. Je n’aime pas les paillettes des levées de fonds, même si parfois elles peuvent m’impressionner. À force d’en entendre parler, j’en deviens aigre.

Toutefois, j’ai trouvé que cette levée de fonds de The Hive de 26,5 millions de dollars pour des technologies impliquant l’intelligence artificielle tombe à point nommé pour en faire la publicité, maintenant que le soufflet du fameux rapport de Cédric Villani sur l’intelligence artificielle est retombé, et que l’article du Président Français sur ce sujet dans Wired est retourné là où finissent en général les gargarismes des Français qui veulent se prendre pour un boeuf champion mondial de sa catégorie : dans l’oubli de la mémoire internationale.

Il n’est point indispensable d’être énarque, voire même un brillant énarque, et encore moins urologue et écrivain, pour comprendre que les nouvelles vagues technologiques ne se prennent ni dans les plans d’un Gouvernement en quête de crédibilité numérique, pas plus que dans les grandes envolées lyriques dans la presse anglo-saxonne. Pas dans des organisations publiques en mal de subventions, dans un pays qui voient ses talents ayant un peu de sens du business et des affaires prendre la poudre d’escampette. C’est sur le terrain que ça se passe.

La Silicon Valley l’a bien compris. Cette communauté d’entrepreneurs, qui a créé les bases du métiers du capital risque dans les années 50 (avec un ex-Français  en leader, un comble, un certain Georges Doriot, le « father of venture capitalism »), a bénéficié d’un terrain économique, culturel et fiscal qui a permis l’avènement de ce qui reste encore aujourd’hui la papauté du capital risque, si je peux m’exprimer ainsi. Je dirai même : cela remonte bien avant, avec les premiers succès d’entreprises comme Hewlett Packard (créée à la fin des années 30). N’en déplaise au Wall Street Journal faisant son intéressant en prétendant que c’est faux, ou du moins que l’Asie est un nouveau challenger. Soit.

La démonstration par l’image (en fait, deux graphiques) ci-dessous :

Venture Pulse Report Q4 2017 KPMG
Source : Venture Pulse Report Q4 2017 KPMG

Source : PwC/CB Insights MoneyTree Report

Revenons en à nos moutons, je veux parler de The Hive. Basé à Palo Alto, Californie, la compagnie a levé 8 millions de dollars dans son premier fonds en septembre 2012, pour investir dans six sociétés. The Hive a ensuite levé 21 millions de dollars dans son deuxième fonds, et investi dans 16 entreprises.

Le modèle d’investissement est un peu semblable à une ruche (d’où son nom d’ailleurs, car c’est ce que « hive » veut dire en anglais) en fournissant un capital et aussi en co-créant des entreprises avec de prometteurs talents. Coté investissement, The Hive apporte l’amorçage initial de 1,5 à 2 millions de dollars, en plus du capital de suivi nécessaire au bon fonctionnement ultérieur de la startup. C’est comme au poker, il faut poursuivre suivre sa mise à défaut de perdre le pactole. Cela permet de syndiquer de futures tours de financement, en invitant dans la danse des prochaines levées des sociétés de capital-risque sur des montants plus importants. Coté co-création, The Hive travaille avec les entrepreneurs pour aider les jeunes startups sur toute la chaîne de valeur lors de la création d’entreprise, de la conception d’affaires, de la stratégie de mise sur le marché et de l’introduction auprès des premiers clients et partenaires.

À titre d’exemple, depuis 2012, The Hive a co-créé et investi dans 24 entreprises, dont six ont été acquises: Nurego, qui a été acquise par GE Digital; Kosei par Pinterest; Perspica par Cisco; Jobr par Monster Worldwide; Deep Forest Media par Rakuten et E8 Security par VMware. À ce niveau, ce ne sont plus des accidents, c’est de l’orfèvrerie.

The Hive s’associe à des sociétés telles que GE, Cisco, Verizon, Software AG, SAP, eBay et dispose d’un ensemble de conseillers qui travaillent avec des entreprises telles que Facebook, Google et Pinterest. On ne parle plus ici« d’open innovation», mais de la « serious entrepreneurship factory » !

T. M. Ravi, Managing Director et Fondateur, a eu une longue carrière avec une vaste expérience dans la gestion d’entreprise et les nouvelles technologies. Sumant, Kamesh et Mohan ont tous une formation technique  initiée en Inde, leur pays d’origine, complétée aux États-Unis. Je l’ai déjà dit dans ces colonnes, l’Inde est le vainqueur de la Ligues des Champions des Startups du Web du 21e siècle !

Les investisseurs dans le nouveau et troisième fonds d’un montant de 26,5 millions de dollars comprennent Verizon Ventures, Software AG, GE, Rockwell Automation, March Capital Partners et des individuels. Pas des personnes qui fabriquent des plans sur la comète ministérielle, mais des acteurs privés ayant pris le relais de la course à l’intelligence artificielle. Cette course n’est pas nouvelle, l’intelligence artificielle existe depuis que l’on a inventé les ordinateurs, ou presque, et elle est loin d’arriver à son terme, les résultats commencent à peine à se faire sentir. Ils ont compris les enjeux business liés aux challenges technologiques, et ils prennent des paris, même avec des petits montants. Quand une organisation comme The Hive arrive à transformer des résultats de la sorte, il ne faut pas tergiverser, il faut agir. Prendre part.

Et là, le monde anglo-saxon a une longueur d’avance, ce qu’on du mal à comprendre les technocrates parisiens, qui poussent, poussent, dans un écosystème tricolore qui n’inspire guère à soulever des montagnes. On peut essayer de s’en persuader de l’intérieur, et il y a bien quelques milliardaires pour donner l’illusion d’une machine qui tourne. Mais vu de l’extérieur, on reste bien sceptique. Et d’ailleurs, ailleurs qu’en France, on a le regard pointé ailleurs (volontaire répétition du mot ailleurs, pour bien souligner mon point). Vers l’Asie, par exemple. Vous voyez ?!

The Hive prétend être différent des autres VC et incubateurs en ce sens qu’il utilise un modèle d’engagement «high-touch» : il offre aux startups l’accès à «une équipe de bâtisseurs d’entreprises prospères, d’entrepreneurs en série et d’investisseurs en capital-risque qui ont créé des entreprises leaders sur le marché avec plusieurs milliards de dollars de sorties», selon M.T.. Se différencier, trouver son propre modèle, voilà qui est essentiel dans le monde d’aujourd’hui, plutôt que toujours s’inspirer des autres. Par exemple, prétendre que la France est une startup nation, ça me fait mal à chaque fois : je dirai plutôt que la France est la «subvention nation», avec ses dispositifs fiscaux à rallonge, sa BPI et tout le toutim. C’est artificiel, et il n’y a pas d’intelligence à chercher là-dedans, ce n’est que du « bourrinage mental». Le monde de l’investissement a les mêmes enjeux que tout autre industrie : une énorme compétition en terme d’offre par rapport à des vagues d’étudiants préférant embrasser une carrière dans le monde des startups plutôt que d’aller pointer dans une grosse entreprise. «La principale différence est que nous sommes très impliqués dès le début du projet, souvent avant même que l’entreprise ne démarre » a précisé M.T..

Les nouveaux fonds visent à aider les entreprises en phase de démarrage à créer de la valeur en utilisant l’intelligence artificielle dans les secteurs industriels et financiers tels que l’industrie, les services financiers et la santé. The Hive prévoit d’investir dans plus de sept sociétés à partir de ce troisième fonds au cours des trois prochaines années. La société a déjà co-créé deux startups, Decision Engines et Live Objects (aucun rapport avec Orange, soit dit en passant), sur son troisième fonds. Déjà.

Pourquoi l’intelligence artificielle ? C’est un segment de la technologie en croissance rapide, à défaut d’atteindre encore sa pleine maturité. Frederic Hanika, responsable des fusions et acquisitions chez Software AG, a déclaré dans un communiqué que l’impact de l’intelligence artificielle ne saurait être surestimé : « Les entreprises ont un choix clair: investir dans l’intelligence artificielle et perturber la concurrence ou être perturbées par des entreprises en déplacement plus rapide ». « The Hive possède une expertise technologique approfondie en apprentissage automatique, apprentissage en profondeur, NLP/NLU (traitement du langage naturel et compréhension du langage naturel), vision par ordinateur, blockchain, et leurs applications, avec des cas d’utilisation dans l’entreprise ».

Toujours M.T., en guise de conclusion : « Nous voyons l’intelligence artificielle conduire une transformation significative de l’entreprise, où la prise de décision sera en grande partie automatisée. Les efforts des êtres humains seront principalement concentrés sur l’élaboration des politiques et la gestion des exceptions. ». En ce qui concerne l’avenir, The Hive pense que l’impact de l’IA « sera plus important que celui d’Internet ».

« Nous pensons que l’intelligence artificielle va changer le monde et nos vies, et que cela va se réaliser dans notre génération actuelle. ». Là, on est tous bien d’accord.

The Hive
The Hive

 

L’actualité High-Tech de la semaine : la ville d’Atlanta, Walmart, Impossible Foods, Instacart, Postmates et Doordash

Photo by Patrick Tomasso on Unsplash
Golden Gate Bridge

Tu ne t’es pas trompé, c’est bien ici la rubrique organique qui vous donne la température de la Silicon Valley (garantie 100% non sous-traitée) et l’occasion de témoigner d’histoires… à moins que ce soit juste du buzz : à toi de juger !

Lundi : une longue coupure d’Internet à Atlanta

Photo by Caleb Jones on Unsplash
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Les systèmes informatiques du gouvernement d’Atlanta, Georgia, ont été en panne pendant plus d’une semaine en raison d’un piratage informatique ayant eu lieu le 22 mars dernier. Les hackers ont exigé une rançon de $51,000 en bitcoin pour remettre tout en ordre (des geeks, sans doute). Bien que les services de police soient de nouveau en ordre de marche (numérique), de nombreux travailleurs municipaux dépendent encore du papier.

Les fonctionnaires ont passé la semaine passée à reconstituer leurs « dossiers numériques », à recréer des feuilles de calcul et à gérer les affaires courantes sur leurs téléphones portables suite à l’un des piratages les plus dévastateurs contre une ville américaine. Ce sont des années de données numériques qui ont ainsi été perdues.

Les piratages ont explosé ces dernières années avec des hackers passant des simples attaques contre des ordinateurs individuels à du piratage industriel, si je  puis dire, contre de grandes organisations. Personne n’est épargné : les grandes entreprises, les hôpitaux, les agences gouvernementales. Ces attaques ont entraîné la fermeture d’usines, incité des hôpitaux à refuser des patients et même forcé les urgence de certains à passer aux opérations manuelles. L’étendue des dommages n’a pas encore évaluée. Les médias n’en font pas tous les jours leur choux gras, mais pourtant il y a de quoi faire : récemment aux États-Unis, c’est au tour de Hudson’s Bay d’avoir été victime de piratage avec deux de leurs enseignes : Saks Fifth Avenue et Lord & Taylor. Tirant profit de lacunes de sécurité dans les systèmes informatiques, les pirates disposeraient ainsi des données concernant cinq millions de cartes de crédit, en faisant l’une des plus importants piratages impliquant des cartes de paiement au cours de l’année écoulée…car oui, c’est seulement maintenant que l’affaire est publique. Au delà de se battre contre une industrie en déclin, c’est souvent le manque d’investissements qui rend les entreprises fragiles face aux malfaisants, car la priorité est rarement mise sur la sécurité, avec cette foutue technologie qui ne cesse d’évoluer elle même. Un autre Retailer, Sears, plutôt mal en point lui aussi, et la compagnie aérienne Delta ont connu le même désagrément suite au piratage effectué chez leur prestataire de services de chat (24)7.ai. Et vous, que faites vous pour protéger votre informatique ?!

 Mardi : Walmart veut se lancer dans les pilules

Photo by rawpixel.com on Unsplash

Le plus gros Retailer au monde (allez, peu importe les petits milliards qui les séparent du leader Chinois Alibaba et ses 50,000 salarié, alors que Walmart, ben c’est 2,3 millions employés) Walmart est en pourparlers pour acquérir la société de vente de produits de pharmacie en ligne PillPack  pour moins de 1 milliard de dollars.

Fondée en 2013, la société basée à Cambridge, Massachusetts, fournit des médicaments dosés, prêts à être livrés et disponibles pour les traitements, avec l’indication du jour et de l’heure de l’ingestion. La startup a levé 118 millions de dollars à ce jour, et a atteint plus de 100 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2017, selon la société. En 2016, elle aurait été évalué à 330 millions de dollars. Pillpack à déjà fait l’objet d’une opération de drague de la part d’Amazon, sans succès visiblement…

 PillPack gère les médicaments d’ordonnances pour ses clients, y compris ceux qui souffrent de maladies chroniques multiples, le tout en emballant, en organisant et en livrant les médicaments. Il dispose d’une pharmacie « full-service », ce qui signifie que son équipe de service à la clientèle est disponible 24/7.

Les experts du secteur considèrent qu’un achat de PillPack est logique pour Walmart, surtout à la lumière de ses discussions avec Humana. Pour mémoire, Walmart est aussi en négociation pour un rachat avec Humana, qui propose des services d’assurances dans le domaine de la santé et dispose d’environ 11,5 millions de clients aux États-Unis. Les deux entreprises mises ensemble pourraient assurer à Walmart de sérieux moyens pour servir les personnes âgées, un gros marché en avenir. Ceci étant, Walmart n’est pas un cas isolé pour chercher à développer son activité de pharmacie en ligne. Mieux vaut en tout cas racheter une belle pépite que la développer soi même, ça va en général plus vite de nos jours.

Mercredi : rien n’est impossible pour Impossible

Picture from Impossible Foods Sustainability Report 2017

La startup de Redwood City, Californie, Impossible Foods, qui développe des substituts végétaux pour les viandes et les fromages, vient de lever 114 nouveaux millions de dollars.

la société a lancé son premier produit de substitut de viande dans les restaurants américains en 2016. Vous pouvez les déguster dans deux restaurant de San Francisco : le Public House, situé à l’extérieur de l’enceinte du AT&T Park, le stade de baseball de la ville de San Francisco (dégustable à n’importe quel moment de la journée) et au Cockscomb, où j’ai eu le plaisir de les déguster, mais également sur une autre centaines de points de cuisson dans le pays.

La société a installé une usine de production complète, notamment grâce au talent d’une Française ingénieure agronome expatriée dans la Bay Area, permettant de déployer ses produits à travers tout le pays, à hauteur de 2,5 millions de livres par mois d’ici la la fin de l’année (un peu plus d’un million de kilogrammes).

Depuis le lancement de leur première collaboration sur les hamburgers en 2017, la chaîne Umami Burger a vendu plus de 200 000 burgers « Impossible ». À 13 $ le hamburger, il est certain que ce mets de luxe est inaccessible pour la plupart des familles américaines, mais viser le haut de gamme a toujours été l’objectif initial du fondateur d’Impossible, Patrick Brown. Pour assurer une bonne croissance à votre entreprise, vous devez vendre à un prix élevé, selon lui. Mais c’est aussi un moyen de pouvoir aussi financer la recherche que suppose le développement de ce type de produit, qui est une véritable technologie culinaire, en quelque sorte, pour cet ancien professeur de l’Université de Stanford, qui fut par le passé entrepreneur dans le domaine des aliments biologiques (des yaourts et des fromages non laitiers). Une fois l’entreprise définitivement lancée sur les rampes du succès et de la rentabilité, il sera alors temps de penser à un assouplissement en terme de tarifs.

 Jeudi : Instacart passe à la Series E

Instacart poursuit son développement et le financement de son activité avec une prochaine levée dite « Series E » de 150 millions de dollars (on est passé à la lettre E, sachant que les levées de fonds institutionnelles se succèdent en suivant l’ordre de l’alphabet lors de chaque nouvelle levée de fonds). Cette levée a été réalisée avec les investisseurs existants, ce qui est un bon signe de confiance de leur part, même si le montant, à l’échelle des investissements faits dans la Silicon Valley, peut paraître quelque peu modeste.

Peut être est-ce le signe d’une prochaine rentabilité, ce qui serait une jolie performance dans un métier où le profit unitaire se compte en centimes de dollars, avec des exigences règlementaires très fortes au niveau des frais de personnel, et dans une industrie qui ne se porte pas au mieux. Pire encore, lorsque l’un des ses principaux clients, Whole Foods (NB : Whole qui se prononce essentiellement avec le « h » et non pas le « w » comme le font la majorité des Français) se fait racheter par Amazon…ce n’est pas nécessairement le signe d’une potentielle durable collaboration, étant donnée la réputation de cette dernière à s’inspirer très fortement des expériences du marché (en clair, on regarde comment tu fais, et après on le fait nous mêmes). Ce qui reste impressionnant avec cette levée de fonds, c’est que cela porte le total à 350 millions de dollars avec une évaluation d’Instacart de 4,35 milliards de dollars. Je connais certains experts du secteur que s’avouent plutôt sceptiques du business model de la startup, mais ça commence à faire beaucoup. Instacart fournit ses services de livraison aux plus grands du secteur alimentaire, y compris Costco et Albertsons. Ils ont récemment signé un partenariat avec Sam’s Club (Walmart).

Vendredi : de la fusion dans l’air dans le secteur de la livraison du dernier kilomètre

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Les deux startups développant depuis San Francisco des services de livraison Postmates et DoorDash sont en cours de discussion au sujet d’une éventuelle fusion (ce qui reste à confirmer).

DoorDash a levé en mars dernier 535 millions de dollars, avec notamment la société Softbank, par ailleurs investisseur dans Uber ou encore Didi Chuxing, portant le total à 721,7 millions de dollars. Le montant des capitaux levés par Postmates est simplement de 278 millions de dollars.

Au delà des conversations de midinettes pour savoir qui serait le CEO à la place du CEO de l’ensemble des deux entités, c’est surtout au niveau des investisseurs que les discussions ont lieu.

En effet, Postmates et ses investisseurs sont désormais confrontés à une pression accrue pour conclure un accord suite à la récente injection massive de capitaux pour DoorDash car Postmates doit désormais appréhender la façon de rivaliser avec une startup disposant d’un énorme avantage en capital, rendant potentiellement une fusion ou une vente plus attrayante.

Les enjeux sont élevés. D’ici 2022, 11% des ventes de restaurants aux États-Unis devraient provenir des commandes de livraisons, contre 6% l’an dernier, selon Morgan Stanley Research. Cela équivaudrait à une opportunité de marché de 32 milliards de dollars d’ici quatre ans. Un gros gâteau, pas évident à se partager car il est évident que nos deux sociétés sont loin d’avoir établi un niveau d’activité suffisamment élevé chacune pour atteindre leur seul de rentabilité. Et ce serait dommage de faillir avant d’arriver à une telle taille de marché, d’autant plus que les deux sociétés représentent à elles seules seulement 23% du marché, selon des évaluations faites en février 2018.

Bastian Lehmann, CEO de Postmates, a lui confié qu’un accord serait d’ores et déjà conclu, tandis que ces conversations de couloir ont démarré il y a quelque temps déjà. Lehmann est reconnu comme plutôt actif pour chercher des débouchés pour son entreprise, soit par un rachat, en ayant déjà recruté une agence spécialisée sur ce type d’opérations, soit en annonçant une prochaine introduction en bourse. Des discussions avec Grubhub, leader de ce marché (plus de 50%), n’auraient rien donné.

Le chiffre d’affaires de Postmates a  atteint environ 250 millions de dollars en 2017 sur près de 900 millions de dollars de volumes de transactions, affichant une perte d’exploitation de 75 millions de dollars pour l’année. La société avait déclaré à certains médias qu’elle serait rentable d’ici la fin de 2017, et elle est généralement très en retard sur ses prévisions. La société prévoirait un chiffre d’affaires de 400 millions de dollars en 2018 sur des ventes totales de plus de 1,2 milliard de dollars. Les zones de succès de Doordash et de Postmates sont relativement complémentaires. La parole est d’argent, mais le silence est d’or du côté de Doordash. Une opération équivalente dans l’industrie a eu lieu en 2014 lorsque Grubhub (Chicago) et Seamless (New York) ont fusionné.

En attendant, les dindons de la farce, c’est à dire les personnes employées à faire les livraisons, continuent de se démener à pied, à cheval et en voiture (pour les plus nantis) afin de gagner quelques dollars de l’heure, loin des millions qui volent dans les bureaux embourgeoisés de la Silicon Valley. Et franchement, quand je vois un pauvre gars en sueur pédaler pour 3 francs six sous, je me dis que la bataille du grand Internet, l’avènement du peer-to-peer, le web au service de l’humain… ben c’est pas encore pour demain. J’en arrive à rêver que les choses aillent plus vite avec les nouvelles technologies et que les robots envahissent ce marché pour rendre ce service disons… un peu plus humain.

Voilà, c’est fini, à la semaine prochaine pour de nouvelles actualités et aventures !

L’intelligence artificielle dans tous ses états

Photo by Markus Spiske on Unsplash

Le célèbre investisseur Marc Andreessen, co-fondateur de la société de capital risque Andreessen Horowitz, et fondateur de Netscape, qui a démocratisé l’usage d’Internet dans les années 90, a lancé une phrase qui est resté dans les mémoires de toute personne impliquée dans le monde du logiciel, et même au-delà : « Software is eating the world », le logiciel est en train de dévorer le monde. En résumé : le logiciel est en train de s’impliquer dans toutes les activités que l’on puissent imaginer, ayant naturellement un impact dans la vie de tous les jours, dans le monde des entreprises, et dans la façon les entreprises fonctionnent, et innovent naturellement.

On pourrait presque se dire depuis quelque temps que c’est l’intelligence artificielle qui est en train de dévorer le monde. Le sujet est dans toutes les bouches, et dans énormément de pitchs de startups qui se découvrent des vocations à produire les algorithmes permettant d’apposer ces deux lettres, AI, comme un label qui permettrait de les identifier comme un bon crû de technologie. Cette nouvelle catégorie technologique a gagné ses lettres de noblesses dans la presse de tous les jours, tout en rentrant dans la catégorie des poids lourds de l’investissement. Des estimations vont jusqu’à mentionner 10,8 milliards de dollars d’investissements cumulés en 2017. L’argent coule à flot pour y investir dans ce secteur.

L’intelligence artificielle et les investissements dans les startups

Si l’on s’en tient au fait, l’intelligence artificielle a fait son apparition comme terminologie et discipline en 1956, lors d’une conférence au Collège de Dartmouth (Massachusetts), c’est à dire peu de temps après la fabrication des premiers ordinateurs. Avant cela, au 19e siècle ou avant, on parlait plutôt « d’artificial beings« . La réunion de professeurs de Carnegie Mellon University, du MIT, et un employé d’IBM (déjà) allait donner naissance au premier programme digne de ce nom avec le « Logic Theorist« , et procéder à la création du premier langage de programmation appelé « LIPS« . En quoi consiste l’intelligence artificielle ? Tout simplement, c’est la possibilité de concevoir une machine intelligente.

Source: Amazon

Aujourd’hui, il est possible de créer des programmes sur des ordinateurs personnels à chaque coin de rue (ou presque) à San Francisco ou ailleurs : les ordinateurs sont devenus ultra-rapides, et les services du cloud computing, l’informatique dans les « nuages« , permet de stocker des informations en quantité sans limites ou presque. Les SMS laissent place de plus en plus aux « chatbots« , ces fenêtre de conversation que l’on peut trouver sur des sites de réseaux sociaux comme Facebook, ou des sites de e-commerce, et par dizaines sur les téléphones portables. Enfin, la combinaison de de ces fameux logiciels avec différents types de matériel se sont nettement perfectionnés pour donner naissance à des vedettes du récent CES (le show des nouvelles technologies à Las Vegas) comme Amazon Echo et son bot Alexa. Il est loin le temps où Apple lançait fièrement son assistant virtuel Siri qui n’avait pas convaincu tout le monde à l’époque. De ce point de vue, Amazon a bien réussi son coup et c’est en millions que se chiffrent désormais les ventes d’appareils, censés développer l’achat de produits par voie de conséquence sur le site de e-commerce du géant de Seattle. Tout ceci est un bout de cet intelligence artificielle, qui couvre en fait bien des domaines : les systèmes experts, la simulation du raisonnement humain, le traitement du langage naturel, la reconnaissance de la parole, la reconnaissance des visages, la robotique, font partie du même ensemble tout en faisant appel à des technologies différentes.

L’intelligence artificielle appliquée à un métier

Photo by Eduardo Sanchez on Unsplash

L’intelligence artificielle est devenu le coeur de recherche et développement de bon nombre d’acteurs dont l’activité est au centre du rapport humain, comme par exemple pour des entreprises spécialisées dans le domaine de gestion de la relation client. Ces entreprises gèrent des centres d’appels en grand nombre, avec bon nombre de salariés et des clients à servir dans un secteur très concurrentiel. L’intelligence artificielle est une clé pour une amélioration des performances du service client, et une ouverture vers une meilleure rentabilité des opérations. Les entreprises travaillant dans ce secteur plein d’avenir sont nombreuses à San Francisco et dans sa Baie, que l’on désigne souvent comme la capitale de l’innovation, mais pour traquer les meilleurs acteurs dans ces domaines, il faut aussi se rendre à New York, le coeur de l’action de ce gros poumon d’activités que ce sont les États-Unis d’Amérique, au Canada (Toronto ou Montreal), en Israël ou en Asie, à commencer par Shanghai et la Chine qui commence à marquer de gros points dans le domaine des expériences innovantes. Pour comprendre ce qui marche, il faut aller de l’avant et aller chercher la solution là où elle est disponible.

Comment ça marche, l’intelligence artificielle ? Cela suppose tout d’abord de disposer d’une bonne émission des messages et d’un système d’information capable de produire une base de données cohérentes. Les robots et « super-ordinateurs » ont besoin d’être alimentés de façon cohérente, ce qui donne son sens à ce « big data » qui faisaient les beaux jours de l’actualité avant que cet Intelligence Artificielle. Il y a notamment un terme très Américain pour expliquer cette étape, le « data wrangling« , en référence à l’époque du far west où il fallait en permanence rassembler les troupeaux pour aller d’un pâturage à un autre. Une startup comme Trifacta se borne à faire ce type d’opérations, et c’est déjà une tâche énorme qui occupe à temps plein une centaine d’ingénieurs à San Francisco.

Ensuite, c’est surtout une question de métiers où chaque industrie va utiliser les possibilités offertes par les différentes technologies. Dans le cas des métiers des centres d’appels par exemple, la solution idéale (entre autres) pour un service de support client viendrait du NLP (en anglais « natural language processing », une méthodologie qui permet à un programme d’ordinateur de comprendre le langage humain au fur et à mesure qu’il est prononcé.

L’intelligence artificielle et les géants

Et les géants informatiques dans tout cela ? C’est la course à l’échalote et à ce jeu, c’est toujours plus simple d’acheter les autres que faire soi même. C’est ainsi que Zuckerberg et Facebook sont allés chercher l’équipe de Français Alex Brun et Laurent Landowski de wit.ai dont on lui avait dit le plus grand bien pour en faire le socle d’intelligence artificielle intégré aux équipes de l’application de messagerie mobile Messenger. Objectif : prendre le plus d’avance possible dans ce que la technologie permet d’apporter aux « messager numérique » pour donner réponse à tout et permettre aux marques de se démultiplier dans leurs rapports aux consommateurs sur Internet. IBM, après avoir développé son super-ordinateur Watson à coups de milliards avec des équipes internes, procède à des ajustements en rachetant des startups complétant le dispositif de la base d’algorithmes mis en place depuis 2006 permettant d’aller plus loin dans leur offre de modélisation et de personnalisation. Google, Apple, ou Salesforce suivent tous les mouvement et l’on peut voir le nombre d’acquisition de startups s’accélérer depuis 2013 dans ce domaine. Salesforce a lancé une nouvelle offre permettant de mettre à disposition à ses clients « l’intelligence artificielle pour tous » et devinez comment ils l’ont appelé ? Einstein… Cet apport ne permet pour le moment que de produire des scores en terme de ventes potentielles à leur système d’aide à la vente en ligne. L’idée à terme est d’aider les équipes de ventes dans leur travail quotidien. Ce brave Albert ne s’en remettrait pas de se voir exploité de la sorte !

L’intelligence artificielle appliquée

Bon, à part ça, à quoi cela peut bien servir, l’intelligence artificielle ? Les applications sont aussi diverses que les métiers ayant besoin de muscles pour leurs activités, passons en quelques unes en revue…

E-commerce : Internet reste une interface perfectible en terme d’expérience de « shopping« . Même les recommandations d’Amazon en la matière conduisent souvent à la frustration tellement les suggestions proposées sont primaires et surtout non visuelles. Des startups comme mode.ai ou Sentient Technology (fondée par un Français vivant en Asie) ont développé les couches logicielles permettant de prendre en compte un certain nombre de paramètres tels que faire combiner le peu d’informations saisies lors d’une consultation d’un site Internet, ou les informations déclaratives pour s’enregistrer, pour mettre en oeuvre des algorithmes qui vont chercher à deviner les critères vous poussant à l’achat (une forme, des couleurs, des tendances de mode selon votre localisation géographique, etc.). Au delà des aspects de protection de données, les informations que les ordinateurs peuvent interpréter sont également d’une meilleure expérience d’achat sur Internet.

Automobile : une startup de Boston nommée nuTonomy, issue de la fameuse université du MIT, est en passe de devenir une des plateformes logicielles incontournables en ce qui concerne les véhicules sans chauffeurs. Après des années de développement dans des locaux bien protégés sur Mountain View, en Californie, Google est en train de se faire dépasser par des startups ayant trouvé des sources de financement aussi prestigieuses dans le monde de l’automobile que le fonds d’investissement de l’arrière petit fils d’Henry Ford, Fontinalis Partners, avec comme terrain d’essai la ville de Singapour qui s’est également engagé comme investisseur.

Santé : la startup Freenome utilise votre collection génétique pour permettre d’améliorer les diagnostics des médecins et anticiper l’arrivée des maladie que la masse de données rendue disponibles à grande échelle permet de réaliser. Plus le nombre d’informations disponible est grand, plus les chances de modélisation de données permettent de définir des pronostics. La médecine du 21e siècle !

Retail : ne soyez pas surpris de voir une sorte de boîte avec marqué dessus « dispatch » dans les rues de San Francisco. C’est l’oeuvre d’une startup locale, d’ores et déjà financée, pour faire les livraisons du dernier kilomètre en combinant les 3 disciplines des conduites de véhicules autonomes, la robotique et de l’intelligence artificielle pour faire fonctionner le tout. Mais impossible d’en savoir plus pour le moment, cette problématique de livraison à domicile étant un peu le nerf de la guerre du Retail !

Agriculture : Prospera Technologies, basée en Israël, a développé des capteurs utilisant les mécanismes de « machine learning » (des algorithmes auto-apprenant, c’est à dire en mesure de d’apprendre sans avoir nécessairement été programmé pour cela) pour améliorer les rendement de la production grâces à des prévisions météorologiques par exemple. La société Blue River Technologies, basée à Sunnyvale en Californie a choisi elle de développer de nouveaux types d’équipement permettant aux producteurs de mieux comprendre l’évolution de leurs plantations grâce à des robots mobiles utilisant essentiellement le « computer vision« , c’est à dire les information qu’il est possible de tirer par l’analyse de séquences d’images, avec toutes les bases de données et d’analyses disponibles dans ce type de discipline et ainsi améliorer les méthodes de production.

L’intelligence artificielle dans les fonctions

Les différentes technologies composant cette discipline ne sont pas uniquement adressées pour des métiers mais aussi pour des fonctions de l’entreprises afin d’améliorer une certaine productivité.

Dans les ventes : Persado, basée à New York, utilise des technologies de contenus cognitifs consistant en résumé à copier le mécanisme de la logique humaine pour aider une force de vente à être plus performante dans la communication avec ses interlocuteurs, comme si on voulait multiplier les opérateurs dans un souci d’efficacité commerciale. Ces outils d’amélioration commercial sont une des principales cibles de ces startups prêtes à en découdre pour le grand Graal de la prochaine licorne.

Dans la recherche et développement : Citrine, startup Californienne de San Francisco, est une sorte de boîte à outil qui ingère et analyse de vastes quantités de données techniques sur les matériaux, les produits chimiques pour rationaliser les activités de R&D, de fabrication et de chaîne d’approvisionnement de toute organisation produisant un produit physique. La startup utilise elle aussi des techniques de « machine learning » permettant de faire grandir la quantité d’équations et de flux nécessaires au bon fonctionnement d’une plateforme à destination de profils plutôt scientifiques

Dans l’organisation du temps : la startup x.ai est responsable de la multiplications des assistants dans le monde des entreprises pour des personnes qui ne font confiance qu’à eux mêmes mais qui se retrouvent débordés par les contraintes d’un emploi du temps trop chargé. La technologie de la startup New Yorkaise se charge donc de prendre en charge votre agenda et de coordonner les rendez-vous dans un agenda qui mêle les créneaux horaires et les boites emails surchargées.

Il a a aussi des blocs de technologie comme la reconnaissance d’image qui existent bien avant les années 2000 et qui aujourd’hui continue de se développer avec des startups comme Clarifai, toujours basée à New York (décidément…) utilisant notamment le « deep learning« , inspiré également d’une forme de structure et de fonctionnement du cerveau (encore bien difficile à copier pour nos amis les robots). Les usages sont multiples dans cette discipline et les cas d’usages se trouvent dans les médias, les services à l’entreprise, la formation.

On comprend bien que l’on a pas fini d’en entendre parler de cette intelligence artificielle, qui n’est pas simplement le fait de robot que l’on cherche souvent à opposer à l’être humain et son cerveau que l’on n’a même pas encore fini d’étudier et de comprendre. La maturité des disciplines scientifiques appliquées aux ordinateurs n’a pas fini de nous simplifier la vie et de trouver des milliers d’usage, dans tous les métiers et toutes les fonctions, le stockage de données ayant vu ses coûts réduire significativement. Il reste à se poser la question de toute cette tuyauterie et de son encombrement sur les serveurs du monde entier, raison pour laquelle certaines startups se penchent déjà sur le stockage de données dans des serveurs informatiques qui seraient envoyés dans l’espace. Mais ceci est une toute autre histoire !

Des employés de Google en révolte demandent à leur entreprise d’arrêter sa participation à des programmes de drones militaires

General Atomics MQ-9 ReaperPlus de 3,100 employés de Google viennent de signer une pétition à leur PDG Sundar Pichai afin de demander l’annulation du projet Maven, un logiciel de drone développé en collaboration avec le Ministère de la Défense des États-Unis. Le projet utilise une technologie de reconnaissance d’image développée par les équipes de Google sur des millions d’heures de séquences de vidéo de drones obtenues par l’armée pour aider à identifier les personnes et les objets d’intérêt.

Voici ce que dit le débit de cette lettre (obtenue par le New York Times) : « Nous pensons que Google ne devrait pas être impliqué dans le business de la guerre. Par conséquent, nous demandons que le projet Maven soit annulé et que Google rédige, publie et applique une politique claire stipulant que ni Google ni ses sous-traitants ne construiront de technologie de guerre.  »

Le projet Maven fait partie d’un investissement de 7,4 milliards de dollars consacrés à l’Intelligence Artificielle et au traitement des données par le DoD (DoD pour US Department of Defense, le Ministère de la Défense des États-Unis), et a vu le Pentagone s’associer à divers universitaires et experts dans ces domaines. Il aurait déjà été utilisé contre l’État islamique.

Google a répondu que les conversations avec les employés et les experts externes étaient «extrêmement importantes et bénéfiques», avant de préciser que Google ne travaille que sur une partie du projet Maven, à des fins non offensives, en utilisant un logiciel open-source de reconnaissance d’objets.

Bien que le projet soit «spécifiquement conçu pour être utilisé à des fins non offensives», la lettre des employés conteste ce fait en estimant que «la technologie est conçue pour les militaires, et une fois qu’elle est livrée, elle pourrait facilement être utilisée pour d’autres tâches.  » Bien que le projet ne puisse pas créer un système d’armes autonome, dans de nombreux cas, l’identification des cibles n’est que la première étape d’un mouvement offensif vers cette cible.

De nombreux employés de Google sont clairement mal à l’aise avec toute implication dans ce processus. La lettre poursuit en disant que « construire cette technologie pour aider le gouvernement américain dans la surveillance militaire, avec donc des conséquences potentiellement mortelles, n’est pas acceptable » et que Maven « endommagera irrémédiablement la marque de Google et sa capacité à rivaliser pour attirer les talents dans l’entreprise. » La lettre invoque même la devise de Google « Do not Be Evil » : littéralement « Ne soyez pas malveillants » est la devise, ou le slogan informel de Google, créé par deux employés de la première heure, avec comme arrière pensée l’idée qu’il est possible de gagner de l’argent sans vendre son âme au diable. En termes de culture d’entreprise, cette devise était devenue le pilier identitaire central de Google : cela ressemble à un petit rappel à l’ordre de certains salariés de Goole (aujourd’hui 70,000 à travers le monde).

Il faut dire que la demande en terme d’applications dans le domaine de l’intelligence artificielle a explosé ces derniers et malgré les avancées technologiques dont les matériels militaires font preuve, de grands employeurs comme Google en terme d’ingénieurs de logiciel et leur incessante recherche d’amélioration des algorithmes en tout genre sont tentés de collaborer sur des sujets plus sensibles d’un point de vue politique.

Google n’est pas le seul géant de la technologie à s’impliquer dans des projets militaires, puisque ce même New York Times souligne qu’Amazon et Microsoft ont tous deux aussi des produits concurrents destinés au ministère de la Défense.

Ce n’est pas la première fois que des employés de Google vont sur la place publique afin de faire entendre leur opinion sur des sujets quelques peu embarrassants pour le géant de Mountain View. Ainsi, en janvier dernier, c’était un mémo de 2016 qui avait été publié par un ancien ingénieur de Google affirmant que le département des ressources humaines de l’entreprise, ainsi qu’un vice-président, avaient fait pression sur lui pour qu’il cesse de discuter des initiatives sur la diversité dans les forums internes de l’entreprise, questionnant les compétences des femmes, et contestant la politique favorables à la diversité au sein de Google, exprimant de ce fait des opinions plutôt conservatrices.