Les 3 Lois du Bonheur au Travail

Travail et bonheur font très bon ménage si ces deux notions sont accompagnées de lois très simples qui vont permettre de diffuser l’une sur l’autre : la culture, tout d’abord, qui assure la permanence de l’application du principe. La technologie ensuite, qui s’avère un excellent complément aux méthodes managériales en permettant de les diffuser au plus grand nombre, et de façon plus pérenne. Enfin, le partage, ou dirons nous une meilleure approche du partage du fruit de l’expansion, produit des effets qui ont faire leur preuve dans bon nombre de cas qui ne nous sont pas inconnus… Le tout à la mode de la Silicon Valley !

1. Le bonheur par la culture

Photo by Toa Heftiba on Unsplash

Le bonheur au travail est une notion bien entendue des entreprises qui comprennent l’enjeu de la compétitivité moderne. Les théoriciens en ont parlé dans les années 80 avec notamment l’ouvrage “L’entreprise du 3e type” d’Archier et Sérieyx, deux spécialistes de sociologie appliquée aux entreprises, à la grande époque de la mode de la culture d’entreprise, qui se préoccupait déjà d’une autre forme de management. De nos jours les entrepreneurs de la Silicon Valley ont bien été obligés de s’y faire. Cette relation directe entre le bonheur et le travail s’est imposée en Californie du Nord depuis l’avènement des entreprises comme Google, Uber, Facebook, qui se livrent une véritable guerre des talents. Les écosystèmes où la main d’oeuvre manque, comme c’est le cas depuis la reprise économique en 2008 nous apprend beaucoup sur le renversement à opérer en management pour gérer ses talents et leurs compétences : les garder, et les recruter.

 Cela explique pourquoi d’autres entreprises qui ont réussi comme Grubhub (une entreprise basée à Chicago qui livre les repas des restaurants au bureau ou à domicile), ou Snapchat à Los Angeles, ne veulent surtout pas s’installer dans la Baie de San Francisco. Tout est fait pour que le salarié se sente comme chez lui : buffet de nourriture ouvert toute la journée et même certaines entreprises comme Airbnb mettent en avant le manger bio pour dire à quel point ils aiment prendre soin de leurs petits chéris. Il n’est pas rare de pouvoir emmener son petit toutou au bureau, sans parler de la flexibilité des horaires, ou la possibilité sans broncher du télétravail qui est rentré dans les moeurs. Et je ne parle pas des tables de ping-pong, des baby-foot, cours de yoga, séances de massage, navettes de bus, le tout sans pénalités fiscales ou défiance sur la productivité du travailleur : un salarié pourrait presque partir dans l’heure s’il le souhaite.

À quelques heures de là, à Las Vegas, une entreprise rachetée depuis lors par Amazon (Zappos qui vend des chaussures en ligne) a décidé de mettre en place des mesures assurant le bonheur de ses salariés par différentes méthodes. Ce fut d’abord la flexibilité au niveau des fonctions dans l’entreprise, avec la possibilité de passer d’un service à un autre, quelque soit la nature du travail. Il y avait également la prime au départ en période d’essai : vous pouviez toucher quelques milliers de dollars en cas de départ pendant la période d’essai, pour bien s’assurer de la volonté du nouvel embauché d’être sur la bonne priorité (son emploi plus que l’argent, qui ne fait pas toujours le bonheur comme on le sait). Il y eut le stade ultime : la mise en place d’un système de holacratie, une forme d’organisation de la gouvernance basée sur la mise en œuvre formalisée de l’intelligence collective : plus de chefs, plus de patrons, une organisation qui s’auto-gère par fonctions propres au métier de l’entreprise, plus que les services fonctionnels habituellement utilisés. Il est difficile de savoir si ce dernier système ait pu faire ses preuves, puisque la compagnie organisa dans la même période une réorganisation, mais toujours est-il que certains chefs d’entreprise comme Tony Hsieh, CEO de la société Zappos, suit un idéal. Cette quête s’est d’ailleurs transformé par l’écriture d’un livre, “Delivering Hapiness” et la création d’une entreprise chargée de mettre en application les principes du bonheur en entreprise comme business model.

passion-driven profit

Pas très loin de Lille, l’entreprise Boulanger a d’ailleurs décidé de concentrer leur activité autour du bonheur depuis 2010 avec comme mission de vendre de la Happy Technologie à ses clients, ce qui reste la phase finale du process. Au point de proposer un nouveau service de livraison de pièces détachées à domicile grâce à la technologie des imprimantes 3D et son nouveau service la “Happy 3D”. Qui peut mieux parler de bonheur qu’une entreprise qui elle même fonde son objectif commercial sur le bonheur de ses clients ?!

Une autre entreprise Nordiste, Kiabi, n’a-t-elle pas décidé de lancer “l’Happy Culture” afin de favoriser l’audace auprès de ses collaborateurs, faisant ainsi depuis 2013 la culture RH l’un des points forts de sa stratégie de développement. Les salariés réfléchissent sur l’organisation, la manière d’évoluer et de travailler en commun.

2. Le bonheur par la Technologie

D’abord un petit rappel que l’on oublie bien souvent : c’est parfois à se demander à quoi sert la technologie, quand on parcourt les médias, au delà des levées de fonds qui font le métier des investisseurs de capital-risque et qui servent ceux qui s’appellent eux mêmes des “serial-entrepeneurs”. Ces “serial-entrepeneurs” sont des gens qui créent des entreprises en série (souvent une, en vrai) et qui les revendent, qui trouvent des “exits” (réussissent à vendre leur startup). Rarement avec profit, mais il y a bien belles exceptions qui confirment la règle. Nous, on sait qu’être entrepreneur, c’est comme l’innovation, ça ne s’invente pas : c’est inné. Ce n’est pas une méthode, c’est comme une ADN qui vous colle à la peau et qui vous fait avancer dans les chemins certes tortueux mais exaltants de la création avec un grand C.

Donc la technologie, pour y revenir, nous savons aussi que c’est avant tout pour servir l’Homme, et donc l’organisation, par voie de conséqunce. Et là aussi, on peut y trouver un moyen de développer le bonheur au travail en utilisant des solutions qui vont permettre au salarié de se sentir bien encadré car bien formé, et bien informé : il devient un salarié engagé. Mais ça se mesure comment, un salarié engagé ?

Pouvoir parler de ses progrès, encourager les améliorations, avoir des opportunités d’apprendre et de progresser, savoir que leur opinions compte. Les raisons qui rendent un salarié sont nombreux.

Il y a de plus en plus de plateformes proposant ce type de solutions… Je propose une petite revue de quelques startups, en partant de certains cas d’études. Pour commencer, le premier constat simple est qu’une entreprise à l’écoute rend ses employés heureux. La startup Waggl basée à San Francisco a développé un service permettant aux managers de poster des requêtes à leurs équipes pour générer des discussions en interne au service, avec l’objectif de déterminer quelles réponses sont les meilleures au moyen d’un mécanisme de vote.

La société Butterfly se charge de mesurer la satisfaction au quotidien, après que les fondateurs aient pu évaluer au cours de leur carrière en grande entreprise que la motivation n’est pas toujours au rendez-vous au travail. Ils ont donc créé un outil de suivi de l’humeur, qu’ils décrivent comme un “bonheur intelligent et récurrent” pour être pleinement efficace. Il s’agit simplement de micro-enquêtes quotidiennes permettant aux entreprises d’avoir une vision claire et soutenue du niveau de bonheur de leurs équipes. La puissance de ce système consiste en son immédiateté et la possibilité de rétroaction instantanée des demandes. Il s’agit de ne pas traîner quand un problème surgit, sachant que naturellement la rétroaction reste anonyme. La liste des startups se développant sur le créneau de la mesure du bonheur au travail commence à s’allonger.

Autre chose : selon une étude récente commandée par la startup de Seattle TinyPulse, qui propose plus ou moins le même service que Waggl, la complainte majeure parmi les employés et les managers sur les évaluations de rendement de toute sorte est qu’ils prennent trop de temps. Aussi, dans le prolongement, ce qui est intéressant au sujet de ces réponses est que, de manière générale, responsables d’équipes et employés sont sur la même page au sujet de leurs plaintes. Une bonne raison pour mettre au panier les vieilles méthodes de revue annuelle du manuel du bon manager ?!
L’idée additionnelle proposée par TinyPulse est de rendre le processus d’évaluation amusant, voire même addictif. Donner trop de poids à ce que des événements récents peuvent avoir comme conséquences peut être difficile à gérer, mais ne rien faire sauf une fois ou deux par an… c’est définitivement trop tard.

Il faut savoir qu’Apple, souvent présentée comme une entreprise pratiquant l’excellence au niveau des équipes d’accueil et de ventes de ses magasins, autorise quotidiennement ses employés de consulter les informations mises à disposition depuis le terminal de ventes (un iPhone quelque peu amélioré) à raison de 20 minuts quotidiennes. Sur ce principe, la startup d’origine Australienne et basée désormais à San Francisco Myagi a développé une “plateform as a service” disponible sur tablette et smartphone permettant de partager les informations mettant à jour en temps réel les fiches produits fournies par les marques, d’autres plus générales sur l’entreprise afin de tenir motivée les équipes de ventes qui ont souvent besoin d’être challengées sur leurs performances… Un des rares secteurs où la gamification tant mise en avance il y a quelques années reste présente.

Myagi

Pour être complet sur ce sujet, il y a également Hyphen avec un peu de sang Français parmi les co-fondateurs même si la société est basée à San Francisco qui a choisi les mêmes cas d’usages en y rajoutant toutefois un soupçon d’analytiques pour explorer le prédictif dans la masse d’informations échangées. Sans parler de “machine learning’ (apprentissage automatique par le langage), le bonheur de chacun passe aussi par l’anticipation et le fait d’éviter des problèmes qui pourraient l’être. Tout un programme !

Hyphen

Un constat pour ce volet technologique : toutes ces compagnies ont développé avant tout une application mobile. Quand on vous dit que le monde d’aujourd’hui est “mobile first” (les développements doivent en priorité être faits sur téléphone portables), cela vaut aussi pour les applications dans le monde de l’entreprise : le bonheur dans l’entreprise doit désormais rentrer dans la poche des salariés !

3. Le bonheur par le partage

Pour citer un des chefs d’entreprise Français les plus charismatique : “La seule valeur d’une entreprise (…), c’est la valeur et la motivation de chaque personne qui la compose”. Il y a autre chose qui rapproche la Silicon Valley de Gérard Mulliez, c’est l’accès donné aux salariés au capital. Je le cite encore : “”Je me suis battu pour imposer [l’actionnariat salarié] à ma famille. Mais j’ai eu raison. Ça permet de réunir le capital et le travail.” La Silicon Valley l’a bien compris et il y a longtemps. La meilleurs façon d’attirer les talents, et de les rendre heureux par le travail, c’est de les rémunérer par le capital, les “stocks options” comme ils disent de ce côté de l’Atlantique. Aujourd’hui, et hier, les grandes entreprises comme Google, Facebook et Uber ont réussi grâce à l’engagement de milliers de développeurs en logiciel qui ont vu en leur entreprise une façon de se voir réussir non pas en tant que simple salarié mais aussi comme contributeur de son succès. C’est ce qui fait aujourd’hui la différence dans le monde des startups et qui crée ces vocations, des fois à un très jeune âge.

Quand la fiscalité s’en mêle, c’est à dire qu’elle sait se rendre discrète, mais efficace, c’est ce que l’on appelle un cocktail gagnant, et il suffit de voir ces hordes de jeunes salariés de startups se rendant à leur travail chaque matin : à leur rythme, mais d’un pas assuré, avec ce sentiment d’indestructibilité (qui peut se retourner contre eux s’ils se lancent eux mêmes par la suite dans l’entrepreneuriat, mais c’est une autre histoire). C’est la perceptible sensation de bonheur de ces salariés du 21e siècle qui voient la vie en rose.

Quand cela ne suffit pas, certains donnent l’exemple d’une autre façon comme ce dirigeant de startup de Seattle Gravity Payments qui décida en 2015 de donner 90% de son salaire à ses salariés pour qu’ils puissent tous bénéficier d’un salaire au minimum de $70,000. Il gagnait tout de même 1 millions de dollars. Ce fut donc 30 employés qui virent leur salaire doubler, et 40 autres augmenter significativement. Le CEO décida de cette opération après avoir vu une étude sur le bonheur en entreprise. L’initiative ne fut pas du goût de toute la Direction de l’entreprise, mais il ne s’arrêta pas en chemin pour autant. Un centaine d’autres entrepreneurs le contactèrent pour le féliciter de sa démarche pour ensuite lui emboîter le pas. C’est la force de l’exemple, il suffit d’un premier ! L’idée de ce fameux Dan Price était simple : rétablir la confiance au sein de l’entreprise et retrouver des niveaux de profitabilité qui étaient devenus rares. La réaction des clients de cette entreprise qui évolue dans le domaine des paiements fut également positive : quand les salariés rejoignent des clients dans le clan des heureux, c’est le double ticket gagnant !

Un nouveau job en entreprise : Chief Happy Officer

Arnaud Collery

Certains en ont fait une nouvelle fonction dans l’entreprise, et propose même une formation pour être prêt à diffuser cette dose de bonheur. Arnaud Collery a un passé à Hollywood et dans les stand-ups à l’Américaine, mais il ne rigole pas sur le sujet du bonheur au travail. Il croit à l’impérieuse nécessité de prendre la chose au sérieux et d’aider les entreprise à s’y coller en proposant une formation qu’il avait jusqu’à présent choisi de ne pas proposer en France. Mais comme il me l’a récemment avoué, il pense que le pays semble tellement prêt au changement vu qu’il s’est déjà mis en marche, qu’il a décidé lui même de revenir un peu au bercail pour partager cette science du bonheur qu’il a appris dans ses voyages à travers le monde.

Alors si ça vous dit, vous les dirigeants d’entreprise ou les DRH qui me lisent à cet instant et qui voulez y tâter et distiller du bonheur dans votre entreprise, c’est par que ça se passe, et c’est bientôt !

Intervention d’Arnaud sur le sujet pour vous en faire une idée :

L’actualité High-tech du jour : Zappos

Bienvenue sur cette rubrique au jour le jour sur ce qu’il faut retenir de la Silicon Valley !

Je me rappelle avoir été recruté il y a bien longtemps comme contrôleur de gestion dans un groupe de distribution avec comme mission de mettre en place les nouveaux tableaux de bord issu d’un nouveau système d’information dessiné par le fameux cabinet McKinsey & Compagnie. Cette entreprise a joui tout au long de ma carrière dans ce milieu (et donc en France) d’être une des meilleures en terme de conseil en stratégie. Comme souvent, cette entreprise était appelé par des entreprises en difficulté pour appliquer des méthodes sur mesure ayant, dans ce contexte, un objectif simple : trouver les meilleurs prétextes pour licencier. C’était le cas de mon entreprise à cette époque, et j’avais donc le privilège d’appliquer la méthode, non pas pour contribuer au licenciement, fort heureusement, mais mesurer les progrès financiers et aussi les progrès en terme de productivité.

Tony Hsieh
Tony Hsieh

Autre époque, autre lieu, même méthode, avec une personnalité, quelque peu décriée injustement par certain en France (dont la collaboration n’a pas porté ses fruits, ce qui ne mérite pas nécessairement une vulgaire mauvais publicité) : j’ai nommé Tony Hsieh. Le fondateur de Zappos fait régulièrement l’actualité par ses méthodes de management volontairement hors du cadre habituel. La société Zappos a été créé en janvier 1999, vend des chaussures en ligne avec une culture du suivi client très poussée et attentive. et a été rachetée par Amazon en juillet 2009 pour $1,2 milliard . Tony Hsieh a toujours aimé pratiquer des recettes en management assez originales, par exemple en donnant des primes conséquentes en fin de période d’essai en cas de départ de ses salariés pour s’assurer de leur fidélité, il encourageait la mobilité totale au sein de son entreprise (un Directeur Financier pouvait très bien se retrouver à la logistique si tel était son choix.

Delivering Hapiness
Delivering Hapiness

Inspiré de ses méthodes, Tony a écrit« Delivering Hapiness, A Path to Profits, Passion, and Purpose » (« Livrer du bonheur, un chemin vers les profits, la passion et l’atteinte de l’objectif »), dont on a parlé ici en octobre 2013, qui est devenu une société de conseil permettant aux entreprises d’apprendre à manager des employés heureux. Toy a également initié le programme Downtown Vegas dont ‘un des objectifs fut de redonner une nouvelle vie au quartier central historique de Las Vegas (le siège historique de Zappos a toujours été situé dans le Nevada), qui n’a toujours pas rempli ses promesses, à tel point que Tony s’en est désengagé en fin d’année dernière , malgré la promesse d’y avoir investi $350 millions… Le résultat de cette opération reste en question, mais malgré tout Tony y a déplacé son entreprise, et il est désormais possible de donner un peu de nouvelles sur son projet de holacratie dont j’ai parlé en janvier 2014.

Pour en revenir, cette espèce d’entreprise du 21e siècle, qui a souhaité pousser encore plus loin sa logique de partage et d’égalité managériale en adoptant un système inspiré d’holacratie arrive aux même conclusion qu’un simple entreprise de distribution dans les années 90 basée en Région Parisienne. L’holacratie revient pour faire simple à supprimer les niveaux hiérarchiques et les titres. Plus de Directeur de ceci, plus de chef, plus de pyramide. Seulement 1.500 salariés directement responsables de l’entreprise, à travers 400 groupes qui ont été créés à cette occasion. Tony a ressorti sa prime au départ suffisamment attractive pour voir quasiment 15% des effectifs décider d’en profiter pour quitter l’entreprise. Il leur avait été demandé de la possibilité de toucher cette prime si la perspective de cette nouvelle organisation ne répondait pas de leurs souhaits.

Tony Hsieh avait d’ailleurs coté Henry Ford dans son email d’explication à ses salariés leur faisant connaître cette opportunité. Quelque peu surprenant de la part d’un entrepreneur se voulant moderne de citer ce qui s’est fait de plus basique dans l’approche du capitalisme industriel. Pour en revenir à mon introduction, McKinsey & Compagnie ou halocratie, même combat. Quand les difficultés sont là, il y a toujours de bons moyens pour tailler dans les effectifs. Avec Tony, au moins, on demande poliment aux salariés…

 

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Vendredi 8 mai 2015

A plus tard pour la suite…

L’actualité High-Tech de la semaine : Zappos, Uber Bison Futé, Snapchat, eBay, DNAnexus

La rubrique organique pour vous donner la température de la Silicon Valley (garantie 100% non sous-traitée) et l’occasion de témoigner sur des tendances… c’est la première rubrique de cette nouvelle année du calendrier grégorien, et je me demande si elle ne serait pas en même temps un signal sur ce que nous réserve les nouvelles technologies Californiennes !

Lundi : Zappos et la holacratie

On ne m’en voudra pas de faire un petit crochet par Las Vegas pour parler une nouvelle fois de Tony Hsieh (l’homme qui veut délivrer du bonheur dans vos entreprises) et sa société de commerce en ligne Zappos, qui a décidé de pousser encore plus loin sa logique de partage et d’égalité managérial en adoptant un système inspiré d’holacratie. L’holacratie  est un système organisationnel de gouvernance qui permet à une organisation de disséminer les mécanismes de prise de décision au travers d’une organisation fractale d’équipes auto-organisées. Ouf. Par fractal, on n’entend pas forcément « anarchie », mais des organisations indépendantes et adaptées, en opposition aux organisations pyramidales qui sont habituellement d’usage dans les entreprises. Le CEO de Zappos a ainsi décidé d’appliquer une nouvelle organisation sans descriptions de poste, et sans manager, en quelque sorte. Tous patrons. Ca plairait au salariés de Goodyear d’Amiens, tiens. Bon, en même temps, ils n’auraient plus de bouc émissaire local. Pour en revenir à Zappos, d’une certaine façon, c’est ainsi environ 1.500 employés qui ont ainsi accès directement au responsable de l’entreprise, mais également 1.500 salariés directement responsables de l’entreprise, à travers 400 groupes qui ont été créés à cette occasion. Les salariés choisissent les cercles en fonction de l’adéquation de leurs compétences au travail à effectuer, et de leur capacité à apporter des valeurs managériales. Tony continue le combat. Ca serait une bonne idée d’aller aussi délivrer ses bonnes manières chez son actionnaire, car il semble que ce soit un peu spartiate, comme régime, chez Amazon.

Suivre Zappos sur Twitter : @Zappos

Mardi : le CEO d’Uber vous fait le coup du bison futé

On n’arrête pas le progrès, avec le monde des startups. Après la miss météo et le bison futé bien connus des téléspectateurs, Travis Kalanick, CEO de la société Uber qui a lancé Uber en mars 2009 (et $307 millions au compteur de levées de fonds), qui permet de se passer des chauffeurs de taxis (jamais là quand on a besoin d’eux, et en général assez désagréables), vient de lancer un show d’un nouveau genre… Dans une interview vidéo récente, il n’est pas question de trouver le bon créneau pour partir en vacances, mais de sortir aux bonnes heures sans se faire plumer par ces nouveaux types de chauffeurs, qui savent très bien profiter des pics de fréquentations… et des nouvelles technologies pour profiter du système, et augmenter les tarifs. L’autre startup star aux États-Unis sur l’économie collaborative en terme de co-voiturage, Lyft, vient d’ailleurs de modifier son système afin de permettre de baser la transaction de courses non plus sur la base d’une contribution laissée au choix de la personne prise en charge, mais selon un tarif pré-défini par la startup. Il n’avait peut être pas tord, le Montebourg, a vouloir protéger la vieille économie de cette jeune génération de startups, sans limites, sans états, d’âmes… et parfois sans éthique. L’avenir le dira, mais il est indiscutable qu’il y a besoin de ces nouveaux acteurs pour essayer de pénétrer des marchés qui ont bien besoin d’un coup de jeune.

Suivre Travis Kalanick sur Twitter : @Travisk

Mercredi : la punition pour Snapchat

Snapchat est une des startups qui fait tourner la tête depuis quelques temps dans la Silicon Valley. Il n’y a jamais assez de sensationnel en stock pour la presse technologique locale (et pour les investisseurs en mal de millions et de profis) et pour une raison que l’on peut éventuellement comprendre, étant donné leurs millions d’utilisateurs, les applications permettant de publier leurs photos sur les réseaux sociaux font bien souvent la une. Il y eut Instagram, une grande et belle affaire pour beaucoup de monde (imaginez le coup de génie financier d’une société de moins de vingt personnes ayant fait l’objet d’une transaction de $1 milliard en ayant levé $57,7 millions seulement en trois tours de financement…). On pensait qu’on avait touché le plafond, mais c’était sans compter sans le génie de tous les conseillers financiers de la Silicon Valley, et ces millions de jeunes (les utilisateurs de Snapchat) qui aime ce voyeurisme futile et éphémère des photos sans mémoires… même Zynga, pourtant bien porté sur le sujet, n’y avait pas pensé. Parce que que c’est ça, Snapchat : un jeu pour ados. À $3 milliards (offre de rachat de Facebook), puis 4 milliards (offre de rachat de Google) le ticket. Snapchat, c’est un résumé de ce qu’est la Silicon Valley, parfois : une histoire de pognon (comment arriver à proposer de racheter une application qui prend des photos, gratuite, avec quelques millions d’utilisateurs, et beaucoup de zéros derrière les $). Une histoire juridique, puisque les co-fondateurs sont accusés d’avoir subtilisé le concept de l’application à un camarade de promo de Stanford. Une histoire de fous, puisque les propriétaires ont refusé deux fois une offre de reprise avec quelques milliards de $ à la clé. Dommage, à priori ce n’est pas une nouvelle opportunité pour les agences digitales de proposer un nouveau territoire d’honoraires et dépenser des sous dans les réseaux sociaux. En attendant, ces deux petits jeunes co-fondateurs de la startup viennent aussi d’inventer un nouveau concept d’annuaire de pages jaunes puisque l’essentiel des coordonnées des utilisateurs de l’application résidant aux États-Unis viennent de se faire publier à leur insu suite au hack de la base de données de Snapchat. Tout faux, les gars. On les avait pourtant prévenu.

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Jeudi : eBay prépare une nouvelle forme d’offrir

 

Plus que jamais, le paiement sur mobile reste une exception, et une expérience utilisateur qui reste à développer auprès du grand public. Ca reste une affaire de spécialiste, et surtout un terrain de jeu réservé à des entreprises qui ont de gros moyens : en développeurs, tout d’abord, et en ressources marketing, parce qu’il y a encore beaucoup de consommateurs à convaincre sur l’efficacité et la sécurité de ce type d’utilisation de leur téléphone. Les clients réguliers de Starbucks l’ont bien compris, puisqu’ils utilisent massivement une application mobile pour payer leur café (aux États-Unis), et obtenir des récompenses en retour. Il y a aussi les souscripteurs aux services de M-Pesa en Tanzanie et au Kenya qui sont heureux de payer leurs factures d’énergie par téléphone. Entre autres. Mais en général, l’expérience utilisateur reste le point de friction essentiel, alors il faut faire preuve de créativité et de simplicité. A ce titre, eBay, qui ne manque pas de moyens et qui dispose en Paypal d’une armée de spécialistes du sujet, vient de déposer des brevets permettant de distribuer des cadeaux sous forme de « jeton électronique ». Un cadeau peut ainsi être donné par un utilisateur d’un fournisseur de paiement à un destinataire qui peut être un membre de la famille de l’utilisateur, un ami, ou de toute autre personne. Le destinataire peut utiliser le « jeton » pour l’achat d’un produit en utilisant ce même prestataire de paiement. Jusque là, rien de révolutionnaire : sauf que l’achat peut se faire sans que le bénéficiaire soit obligé de créer son propre compte auprès dudit fournisseur de paiement de l’utilisateur. On imagine eBay utilisant Paypal comme « locomotive » pour ce nouveau produit : un client eBay pourrait utiliser un cadeau offert par un autre sans avoir à s’enregistrer nécessairement sur Paypal, qui serait le « distributeur » du jeton dans cet exemple. À suivre !

Suivre eBay sur Twitter : @eBay

Vendredi : ta DNA sur Internet, c’est dans les tuyaux

La perspective des progrès sur Internet laisse rêveur, mais pas forcément comme on peut l’imaginer, à une époque où n’importe quelle information peut se retrouver entre les mains de personnes pas forcément recommandables. Je m’explique : DNAnexus est une startup dont l’objet est de sauvegarder votre séquençage d’ADN sur I »nternet, censé proposer des services spécifiques d’analyse et de reporting, le tout en mode collaboratif. $15 nouveaux millions en banque (après une première serie A au même montant en octobre 2011), avec notamment Google Ventures dans le coup (forcément, avec le mot « nexus » dans le nom de la société, on s’en doutait…), ça va vous gratouiller ce que vous avez de plus intime sur vos données personnelles. Votre compte bancaire ?! Un détail, comparé aux chromosomes de  vingtième génération faisant de vous un des héritiers du trône d’Angleterre (imaginez…) qui, une fois révélé, ferait de vous un héritier prétendant à une partie de la fortune d’Élizabeth II. Bon, il est clair que de voir la sciences et les technologies progresser dans le monde de la santé rassure, mais en ces périodes agitées de transparence et de confidentialité bafouées, de ventes de données privées en tout genre, il y a de quoi hésiter deux secondes avant de remplir la pipette.

Suivre DNANexus sur Twitter : @DNAnexus

Voilà, c’est fini, à la semaine prochaine pour de nouvelles actualités et aventures !

Une semaine dans la Silicon Valley : Delivering Hapiness

Après le Gold Rush du 19e siècle, plus que jamais la Silicon Valley est un nouvel exemple du rêve américain version haute-technologies imaginé par la Californie, le paradis de la Côte Ouest des États-Unis. Mais il n’y a pas que Facebook et les startups dans la vie… ou presque. Une équipe de Canal+ composée de 5 femmes travaillant dans différentes fonctions transversales du groupe (communication, documentaire et marketing), a été choisie pour rencontrer des acteurs qui excellent dans leur domaine pour bouger les lignes, comme on dit chez nous. Voici ce que vous pourriez voir en une semaine passée dans la Baie de San Francisco, suivez le guide :)

Tony Hsieh est l’heureux fondateur de la société Zappos, une société de vente de chaussures sur Internet, qui a su mettre en oeuvre une culture de management unique en son genre, qui s’est fait rachetée par Amazon 10 ans après sa création pour $1,2 milliards… En 2010, il écrit son premier livre, « Delivering Hapiness, A Path to Profits, Passion, and Purpose » (« Livrer du bonheur, un chemin vers les profits, la passion et l’atteinte de l’objectif »), qui atteindra vite les sommets des best-sellers avec son mélange de conseils sur la conduite des affaires (qui peuvent se chiffrer en millions de dollars) et surtout le partage d’une vision nouvelle : la croyance que le bonheur peut être utilisé comme un modèle à la fois dans les affaires et dans la vie.

« Delivering Hapiness », c’est en fait devenu depuis une entreprise, une société avec une cause qui veut développer un mouvement pour inspirer plus de bonheur dans le monde… du travail ! Un pays comme la France en a bien besoin, quand on voit les résultats des sondages des salariés qui semblent avoir le moral dans les chaussettes. Un peu la cause des médias qui font leur beurre en exploitant l’inquiétude des Français de façon de plus en plus habituelle. Un peu la faute à un management à la française un peu trop orientée sur le marketing et les diagrammes en fromage des ventes qui a laissé le génie de ses ingénieurs au dernier rang des dépenses de leur compte d’exploitation. Un peu la faute de tous ces enfants d’écoles de commerce qui ont oublié de lire « L’entreprise du 3e type » de Messieurs Archier et Serieyx.

Tony Hsieh l’a fait, son entreprise du 3e type. Vous pouvez rencontrer aisément l’équipe de Delivering Hapiness, basée à San Francisco, qui saura vous prodiguer sa méthodologie  à l’occasion d’un séminaire, à votre siège social au Mans, si vous le souhaitez, c’est juste une question d’honoraires.

Tony, quant à lui, est en train de s’attaquer au centre ville de Las Vegas avec son projet DowntownProject. Mais j’y reviendrai dans une autre histoire…