Une semaine dans la Silicon Valley : Techshop

Après le Gold Rush du 19e siècle, plus que jamais la Silicon Valley est un nouvel exemple du rêve américain version haute-technologies imaginé par la Californie, le paradis de la Côte Ouest des États-Unis. Mais il n’y a pas que Facebook et les startups dans la vie… ou presque. Une équipe de Canal+ composée de 5 femmes travaillant dans différentes fonctions transversales du groupe (communication, documentaire et marketing), a été choisie pour rencontrer des acteurs qui excellent dans leur domaine pour bouger les lignes, comme on dit chez nous. Voici ce que vous pourriez voir en une semaine passée dans la Baie de San Francisco, suivez le guide :)

DIY. Do It Yourself. Mon premier contact avec ce terme remonte à l’époque où je faisais des rapports de veille pour un grand distributeur dans le bricolage à qui on est en train de casser le business à défaut des pieds parce qu’il ouvre ses magasins le dimanche. Mais je m’égare… DIY, dans le monde du bricolage, c’est donner le pouvoir au consommateur de faire tout soi même dans la maison. Dans le monde tout court, c’est donner un chance au individus de se prendre par la main et de créer de ses propres mains un produit, pourquoi pas créer une nouvelle activité. Dans cette catégorie il y a ce que certains appellent ça des « FabLab ». Techshop, c’est plus que ça. Ce n’est pas un effet de mode. Ca a pignon sur rue, à San Francisco. Il n’y a pas de sponsors derrière, juste des gens passionnés par leurs matières (le bois, l’acier, le tissu, le plastic…) qui vont vous aider ou vous apprendre à utiliser le matériel disponible que vous n’avez pas les moyens ou les ressources pour les accueillir.

C’est donc un lieu d’apprentissage : il y a toute sorte de cours disponibles pour travailler les matières, se servir de logiciels complexes, pour faire des prototypes, pour faire de l’électronique, pour se servir d’une imprimante 3D… Il suffit de devenir membre pour un peu moins de $200 par mois pour être en mesure de prendre des cours afin de se lancer ensuite dans sa propre production. Pour pouvoir aller plus vite sur certains types de matériels qui ont leur liste d’attente (une spécialité bien américaine), il faut débourser parfois quelques $ supplémentaires. Il y a 7 locations à ce jour aux États-Unis, et l’atelier de San Francisco notamment présente du sérieux matériel prêt à être utilisé.

Techshop a son lot de « success stories » : la DodoCase, une couverture pour iPad lancé en 2010 conjointement au produit d’Apple qui, selon la légende, a rapporté $1 million de revenus en 90 jours. James McKelvey y aurait conçu les fameux lecteurs de cartes bancaires de Square, l’autre société de Jack Dorsey, un des fondateurs de Twitter. Il y le kayak en mode origami Oru qui a levé $440.000 sur Kickstarter. Il y a aussi certaines grosses entreprises implantées localement comme Levis ou Nike qui viennent s’inspirer des bonnes poussières régénérescentes à San Francisco pour bricoler quelques spécimens qui deviendront les produits de demain.

On peut se mettre à rêver : imaginer des bassins d’emploi en danger avec des tas de main d’oeuvre qualifiés se prendre au jeu de poursuivre dans leur expertise en entrant dans le Techshop spécialement mis en place dans la région, améliorant ses connaissances et se mettant à apprendre un nouveau métier, se mettant à vendre ses produits. Un peu à l’image du Techshop ouvert en 2010 à proximité de l’usine Frod de Detroit, vous savez, la zone sinistrée dont on a beaucoup entendu parler ces dernier temps dans les médias. On commence par Aulnay ? Plutôt que payer des gens à rien faire, redonnons leur confiance dans leurs dix doigts. Pas besoin de lire Makers, le livre de Chris Anderson pour se mettre à bouger les lignes, comme nos hommes politiques le disent si bien (sachant que la seule qui les intéresse, c’est souvent leur ligne de crédit bancaire).

Ca tombe bien, Techshop débarque en Europe, et en France, pour le coup ! Si cela peut contribuer à créer de nouvelles vocations et continuer de pousser le tissu des TPE à travers le pays, ce ne serait qu’une bonne chose pour les courbes du chômage chères à notre bien aimé Président. Il n’est pas encore très clair sur la façon dont Techshop va arriver sur notre territoire, mais mon petit doigt me dit que Grenoble n’y sera pas étranger, et que le nom de Saclay semble être sur le dossier.

A suivre…

 

L’actualité Hight-Tech de la semaine : Google Venture, Flextronics, Bidgely, Netflix, Ozy Media

La rubrique organique pour vous donner la température de la Silicon Valley (garantie 100% non sous-traitée) et l’occasion de témoigner sur des tendances… à moins que ce soit juste du buzz : à vous de juger !

Lundi : Google Ventures investi dans un laboratoire de recherche 

 

Ce nouvel investissement prouve que Google Ventures est capable, disons, du plus surprenant en embauchant un blogueur grand spécialistes d’Apple (cherchez l’erreur) et par ailleurs financer à hauteur de $15 millions un laboratoire de recherche qui a décidé que le dépistage de l’autisme était un domaine qu’il fallait contribuer à améliorer. La société SynapDx a été fondée par Stanley Lapidus en 2010 à Lexington dans le Massachusetts, et avait obtenu avant cette série D signée avec Google Ventures, $17 millions de financement au total, notamment pour aider à mettre en place une étude clinique prospective sur 600 patients. Traditionnellement, l’autisme n’est pas définitivement identifié jusqu’à ce que les enfants aient atteint l’âge de 4 ans, ou plus. Le test sur lequel travaille SynapDx est conçu pour dépister le syndrôme plus tôt : il serait utilisé pour diagnostiquer les troubles de l’autisme vers les 2 ou 3 ans, ce qui contribuerait à augmenter la probabilité de succès des traitements aujourd’hui disponibles. Stan Lapidus est un entrepreneur spécialisé dans le domaine des sciences de la vie, issu de Cooper Union, une école inspirée de Polytechnique créée au 19e siècle à New York, et semble avoir le profil atypique pour changer ce que tout le monde pense impossible, sinon pénible. Go, Stan, go!

Suivre SynapDx sur Twitter (you must) : @SynapDx

Mardi : retour aux sources pour Flextronics

 

Flextronics est à l’origine une société fondée par Joe McKenzie en 1969 dans la Silicon Valley. Flex est une société offrant des services de conception, de fabrication, de distribution et de pièces de rechange à différents industriels dans le domaine des produits électroniques (LG, Apple, Cisco, HP…) . Flextronics a des chaînes de fabrication dans plus de 30 pays, et 200.000 employés. Après avoir changé de mains en 1980, le siège de l’entreprise est désormais à Singapour, et la société est cotée au NASDAQ (FLEX). La société a déjà mis les pieds dans le monde des startups en 2012 en incubant la statup Elementum, une société de gestion de la chaîne d’approvisionnement (SCM) en mode SaaS, basée à Palo Alto, en Californie. Histoire de suivre le mouvement général consistant à prendre part à la danse du ventre de l’innovation actuellement en cours dans la Silicon Valley, Flextronics a annoncé la création d’un programme d’accélération d’entreprises appelé Lab IX qui fournira un large éventail de support à  des entreprises innovantes dans le domaine du matériel et du logiciel. Lab IX sera situé à Milpitas, en Californie, où l’entreprise à des bureaux, et se concentrera sur des sociétés ayant moins de trois années de développement de produits, et ayant levé moins de $5 millions. Lab IX offrira un espace de bureau et de stockage, l’introduction à de nouveaux services et de produits, un support avancé sur la conception et l’ingénierie, et l’accès à la chaîne d’approvisionnement mondiale de Flextronics et son expertise de fabrication. Le tout avec un ticket de $500.000. Si cela peut intéresser des startup françaises tentées par l’aventure, elle pourront tout autant sans doute chercher aussi un peu de réconfort auprès d’un des homme-clés de l’entreprise, Français, François Barbier, President of Global Opérations, un ancien d’Alcatel. Cette tendance des « FabLab » (le nom à la mode dans les milieux branchés parisiens de la haute technologie), ces laboratoires de fabrication, est beaucoup fondée sur la volonté de certaines industries, pas du tout au fait de ce qui se passe sur le terrain dans la Silicon Valley et qui veulent comprendre, et aussi sur la disponibilité de créateurs d’entreprise de tout âge et de tout poil qui ont flairé le bon filon (de pognon) qui y séjourne dans l’espoir de batir de nouvelles technologies pouvant devenir de nouvelles Business Unit dans de plus grosses sociétés. Et ça marche, il faut croire ! Être agile (également le nom d’une une méthode bien connue des startups pour faciliter le développement de produits), ça doit leur parler, à Flextronics.

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Mercredi : la technologie, ça économise  l’énergie avec Bidgely et ça la gâche avec Google

 

Le monde des nouvelles technologies est un monde imparfait. D’un coté, on peut voir des entreprises comme Bidgely développer un concept très interessant dans le domaine des économies d’énergie et lever $5 millions auprès de Khosla Ventures, un des VC phares de la Silicon Valley. Bidgely (qui signifie « électricité’ en Hindi), aide les consommateurs à économiser de l’argent en analysant leurs habitudes de consommation à partir de données énergétiques combinées avec un algorithme d’apprentissage automatique qui reconnaît les différents appareils, tels que les pompes de piscine ou les climatiseurs. A ce titre, Bidgely va un peu plus loin que les joujous applicatifs qui permettent de faire du pilotage à distance de ses appareils, sans véritablement aider intelligemment à gérer son compte d’énergie, et identifier ce qui coûte le plus en terme de facture énergétique parmi les appareils de sa maison ou de son appartement. Good point! Malheureusement (et là je reviens sur mon introduction), le même jour, Google, pensant surement bien faire, comme d’habitude, va offrir pour un valeur de $600.000 la mise à disposition de wifi gratuit pour 2 ans aux 31 parcs de San Francisco, probablement a partir d’avril 2014. C’est sur, « bourrer » la nature avec encore plus d’ondes et multiplier la présence d’appareils électroniques dans les zones naturelles, quel joli cadeau. Et on s’étonnera ensuite que le Pôle Nord puisse ressembler désormais à un grand lac. La technologie, et son besoin incessant de connexion et d’information, rend l’Homme fou. Enfin, si ça rend les électeurs heureux

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Jeudi : un coup de bundle pour Google et Netflix

 

Chromecast est le dernier gadget à la mode commercialisé par Google permettant aux utilisateurs d’envoyer du contenu vidéo et audio à partir de leurs smartphones, tablettes et ordinateurs portables vers leurs téléviseurs. L’appareil se branche sur la télévision depuis un port HDMI et extrait le contenu depuis Internet en se connectant au wifi. Le tout pour $35 ! L’idée d’une opération de communication a germé dans l’esprit de « marketeux » chez Netflix et Google, qui se sont rappelé une des règles d’or : faire du « bundle ». On associe deux produits en un pour en faire bénéficier les deux marques participantes en terme d’image et de communication. Plutôt une bonne idée toutefois que d’associer Netflix à cette clé de connexion, tous les moyens étant bon pour Netflix de gagner de nouveaux utilisateurs, car malgré certains accords de production ou de distribution de séries en tout genre, et malgré une présence de l’autre coté de l’Atlantique, Netflix continue de décevoir les analystes avec ses réalisations de nouvelles souscriptions. Pas vraiment un « big fail » (630.000 nouveaux souscripteurs au lieu de 700.000 prévus), mais tout le monde sait à quel point le marché de la finance est un milieu suffisamment stupide pour prendre à la lettre des prévisions chiffrées faites des mois avant leur réalisations… Et aujourd’hui sur Internet, les cycles budgétaires sont quelque peu déconnectés d’une réalité du cloud… bien impossible à maîtriser, bien malin celui qui a raison après quelques mois d’exécution ! Netflix, qui a réalisé un chiffre d’affaires de $3,6 milliards en 2012 pour un résultat net de $17 millions, est parti sur de bonnes bases pour le 1er semestre 2013 avec un chiffre d’affaires de $2,1 milliards, avec un bénéfice net de $32 millions. La location de DVD ne représente plus qu’un revenu de $475.000, et le streaming Européen un chiffre d’affaires de $308.000, sur les six premiers mois de l’année.Joli coup enfin pour Google qui souhaite naturellement rivaliser avec l’Apple TV. À suivre !

Suivre Netflix sur Twitter : @Netflix

Pour commander la Chromecast sur Internet (US only) : trop tard. c’est sold out !

Vendredi : le retour de Madame Jobs avec Ozy Media

 

Avant toute chose : non, ce n’est pas elle sur la photographie. Il reste de la place pour de nouveaux acteurs dans le domaine des médias online, qui soient riches en contenus et pas uniquement des magazines en ligne de recettes technologiques en tout genre : « Les 7 astuces de ceci » ou « Les 9 pièges à éviter de cela »… C’est l’occasion de parler de Laurene Powell Jobs, l’épouse de Steve Jobs, dont on entend moins parler, toujours, que son défunt mari, mais qui est tout à fait active, notamment à l’occasion du prochain lancement d’Ozy Media, qu’elle vient de contribuer à financer le lancement parmi d’autres investisseurs de la Silicon Valley. Ozy, c’est le projet d’un journaliste exérimenté de la télévision et entrepreneur, Carlos Watson, qui veut fédérer à travers son nouveau site d’information la « change generation », un concept plaisant qui ne se rattache pas à un groupe d’un certain âge, « une classe de gens informés, les gens pour qui le changement est un moteur…Un groupe qui ne fera pas seulement tolérer des choses différentes mais qui s’engagent dans des choses qui sont différentes ». Steve aurait probablement aimé cette génération, dont il était peut être un représentant. En attendant, les bureaux d’Ozy Media sont basés à Mountain View (et non à New York ou Los Angeles…), et Carlos watson n’est pas enclin à s’autoriser un interview avec Fortune. Ca commence bien ! La suite en septembre prochain…

Voilà, c’est fini, à la semaine prochaine pour de nouvelles actualités et aventures !